Djibouti/Égypte/Éthiopie : Le Caire a fait savoir à Ismaël Omar Guelleh son mécontentement au sujet du projet des bases navales éthiopiennes à Djibouti.

Djibouti/Égypte/Éthiopie : Le Caire a fait savoir à Ismaël Omar Guelleh son mécontentement au sujet du projet des bases navales éthiopiennes à Djibouti.

Ad

Le 2 décembre 2019, le média en ligne éthiopienne, capitalethiopia.com, a rapporté qu’Addis-Abeba se prépare à établir une base navale militaire à l’entrée sud de la mer Rouge, qui est considérée être Djibouti. Des observateurs indépendants pensent que ce geste éthiopien est une nouvelle carte de pression sur l’égyptien au sujet de la négociation du barrage Renaissance. Entre-temps, le 4 décembre, le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi a téléphoné à son homologue djiboutien, Ismail Omar Guelleh, pour souligner qu’il était prêt à coordonner avec lui les questions de sécurité et de stabilité en Afrique.

Le 8 décembre, le commandant en chef des forces armées égyptiennes, le lieutenant général Mohamed Zaki, a ordonné qu’un avion de transport militaire livre une aide humanitaire urgente à Djibouti pour le soutenir à faire face aux répercussions des récentes inondations dans le pays.

Selon le média en ligne éthiopien, capitalethiopia.com, la marine éthiopienne sera stationnée à Tadjoura, sur les côtes de Djibouti, tandis que le commandement naval et le quartier général de la marine seront basés à Bahir Dar, capitale de la région d’Amhara au nord-ouest de l’Éthiopie, sous la direction du général de Brigade Kindu Gezu.

Ce développement fait suite à une visite du 20 octobre du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali à Djibouti, au cours de laquelle il a rencontré Guelleh et discuté de l’inauguration de la base navale.

Le 13 mars, l’Éthiopie et la France ont signé leur premier accord de coopération militaire. « Cet accord de coopération en matière de défense, sans précédent, fournit un cadre (…) et ouvre de manière significative la voie à la participation de la France à la création d’une entité navale éthiopienne », a déclaré le président français Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse tenue le même jour.

L’article du média en ligne éthiopien, capitalethiopia.com, a également souligné que la base bénéficie du soutien de la France et qu’un certain nombre de membres de la marine éthiopienne reçoivent actuellement une formation en France.

Bien que le gouvernement égyptien n’ait pas fait de déclaration officielle sur le projet des bases navales éthiopiennes à Djibouti, des sources sécuritaires laissent filtrer que l’Égypte suivait avec anxiété la mise en place de la base navale éthiopienne, étant donné l’impact de ce projet sur la sécurité nationale égyptienne et la sécurité du monde arabe.

Le major général Hatem Bashat, membre de la Commission des affaires africaines du Parlement égyptien, a déclaré à des médias égyptiens que Le Caire rejette toute violation de sa sécurité nationale sur la mer Rouge ou toute pression éthiopienne visant à modifier le cours des négociations sur le Grand barrage Renaissance sur le Nil. Il a indiqué que la commission est en train d’étudier la question et de tenir des réunions internes pour discuter de l’impact que cette base navale pourrait avoir sur la sécurité égyptienne et du monde arabe, après quoi elle se coordonnera avec le ministère des Affaires étrangères et les autorités concernées pour une action immédiate.

M. Bashat a confirmé que l’Égypte a une présence forte et efficace sur la mer Rouge et qu’elle peut protéger la sécurité nationale et celle des pays arabes, sans menacer les intérêts égyptiens à l’entrée du canal de Suez ou à Bab el-Mandeb.

L’Égypte dispose de plusieurs bases navales sur la mer Rouge et sur les côtes méditerranéennes.

La mer Rouge est l’un des plus importants couloirs de navigation et de commerce mondiaux, avec environ 3,3 millions de barils de pétrole qui y transitent quotidiennement. Plusieurs pays se partagent ses eaux, à savoir l’Égypte, le Soudan, le Yémen, l’Arabie saoudite, la Jordanie, Israël, Djibouti et l’Érythrée.

Le général de division Jamal Mazloum, expert militaire et conseiller à l’Académie militaire supérieure Nasser, a déclaré à un média du pays qu’il estime que cette mesure n’est rien d’autre qu’une manœuvre politique éthiopienne et les capacités de l’armée égyptienne sont bien plus supérieures à celles de son homologue éthiopien.

Le Caire cherche depuis des années à résoudre la crise du barrage Renaissance — qu’Addis-Abeba construit sur le Nil pour une valeur de 5 milliards de dollars — par des négociations avec Khartoum et Addis-Abeba, mais aucun accord n’a encore été conclu sur les règles de remplissage et d’exploitation du réservoir du barrage.

Cela a incité Sisi à lancer un appel à la communauté internationale pour qu’elle intervienne afin de maintenir la sécurité régionale, et il a appelé les États-Unis et la Banque mondiale à intervenir en tant que médiateur dans l’espoir de parvenir à un accord qui satisfait toutes les parties.

Alors que l’Égypte perçoit le barrage comme une question de vie ou de mort et estime qu’il entraînera la désertification des terres agricoles et réduira la production d’énergie électrique du Haut Barrage, l’Éthiopie insiste sur sa démarche, considérant que le barrage est vital pour son développement et qu’il permettra de sauver de la pauvreté sa population d’environ 107 millions d’habitants.

M. Mazloum a déclaré : « L’Éthiopie essaie de faire passer un message et de dire à l’Égypte qu’elle est forte et capable d’affronter et qu’elle n’aura pas peur d’utiliser ses forces. Les récentes déclarations hostiles à l’Égypte en sont la preuve, surtout à un moment où celle-ci se prime les négociations à l’affrontement militaire ».

Le Premier ministre éthiopien Ali a déclaré le 22 octobre lors d’une séance de questions et réponses du Parlement que son pays était prêt à mobiliser un million de personnes s’il devait faire la guerre pour le barrage de la Renaissance.

« Certains parlent de l’usage de la force de la part de l’Égypte. Nous devons souligner qu’aucune force ne peut empêcher l’Éthiopie de construire le barrage. S’il faut faire la guerre, nous pouvons mobiliser des millions de personnes. Si certaines personnes peuvent lancer un missile, d’autres peuvent utiliser des bombes. Cependant, cela ne sert les intérêts d’aucun d’entre nous », a ajouté M. Abiy Ahmed Ali.

Entre-temps, Ahmed Askar, chercheur spécialisé dans les affaires de l’Afrique de l’Est au Centre Al-Ahram d’études politiques et stratégiques, a écrit dans le Qiraat africain du 11 décembre que l’Éthiopie cherche à prendre pied dans la mer rouge — via Djibouti — dans le but de jouer un rôle militaire dans la région, en entrant comme partie à l’équation régionale pour la sécurité de la mer Rouge, et en participant avec ses forces à la sécurisation de l’entrée sud de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb.

Askar a noté qu’il y a un fort désir éthiopien de renforcer ses capacités militaires en raison des changements géopolitiques dans la région et de la possibilité de toute crise future avec les pays de la région.

Hassan Cher


 Share
Ad
Authored by: Hassan Cher Hared

Hassan Cher Hared