Djibouti : Le problème du travail et de la traite des enfants à Djibouti surpasse de loin les problèmes découlant du trafic de cannabis

droguesLa République de Djibouti est un petit État côtier de la corne d’Afrique, bordé par l’Érythrée, l’Éthiopie et la Somalie. Pays musulman, Djibouti fait figure d’exception en Afrique pour la sévérité de ses lois sur le cannabis. Toutefois, sa situation géographique et sa relative anarchie en ont fait une plateforme de trafic dont l’importance n’a cessé de croître ces dernières années.

Le commerce du cannabis à Djibouti

Djibouti est idéalement situé sur l’une des routes maritimes les plus fréquentées au monde, reliant la mer Rouge et l’océan Indien à la Méditerranée via le canal de Suez qui coupe au travers de l’Égypte. En plus d’être transportés par voie maritime, le cannabis et d’autres drogues telles que l’héroïne et le méthaqualone sont introduits par voie terrestre en provenance de l’Inde et du Pakistan et acheminés par la Syrie, le Liban et Djibouti en route vers l’Afrique de l’Est.

Djibouti apparaît également comme la principale source pour les drogues et les armes expédiées vers l’État islamique du Yémen, pour y être vendues localement ou transportées à destination de l’Arabie Saoudite. Selon les statistiques de l’UNODC, les saisies de cannabis à Djibouti sont pratiquement inexistantes : la seule statistique annuelle enregistrée fait état de 250 kg de haschich saisis en 2003 ; aucune saisie d’herbe de cannabis n’a été enregistrée.

L’État autonome autoproclamé (bien que pas encore reconnu) du Somaliland reçoit également la majeure partie de son cannabis de Djibouti. En juin 2012, deux citoyens djiboutiens ont été interpellés en possession de 25 kg de cannabis à Lowya’ade, la ville côtière frontalière qui est le principal point d’entrée au Somaliland depuis Djibouti. Bien que de telles arrestations soient rares, on considère que le trafic local est en progression.

Histoire du cannabis à Djibouti

Nous disposons de très peu d’informations à propos de l’histoire du cannabis à Djibouti, si ce n’est que le pays a servi de plateforme de transit pour la contrebande de haschich en provenance d’Asie et d’Europe : en 1915, le navigateur et auteur français Henry de Monfreid décrivait l’achat de haschich aux fermiers grecs du Péloponnèse, pour l’expédier ensuite en toute légalité vers Djibouti via Marseille. La contrebande du haschich était ensuite organisée de Djibouti vers l’Égypte. En 1923, un autre chargement de Monfreid — dix tonnes de haschich indien cette fois — était temporairement saisi en route vers Djibouti, avant de pouvoir continuer à être acheminé.

Après l’indépendance de Djibouti en 1977, les membres de la mafia corse ont infiltré les couches dirigeantes du gouvernement djiboutien et ont établi un « état mafieux » où prévalaient le blanchiment d’argent et le trafic d’armes, de drogues et d’êtres humains. Depuis 1999, toutefois, l’administration du président Ismail Omar Guelleh a pris diverses mesures pour améliorer la transparence et lutter contre la corruption, limitant quelque peu l’influence de ces organisations.

Utilisation du Cannabis dans le Djibouti actuel

La disponibilité du cannabis n’est pas généralisée à Djibouti. L’herbe de cannabis est relativement peu connue, et le haschich disponible est de mauvaise qualité et très cher comparé à d’autres nations africaines, son prix étant généralement situé entre 5 et 8 $ par gramme. L’usage de cannabis et de haschich est apparemment limité, car Djibouti est indéniablement un pays adepte du khat – selon les estimations, quelque 98 % des hommes djiboutiens pratiquent la mastication des feuilles de khat, pratique qui est de surcroît légale, bien que de plus en plus désapprouvée.

À Djibouti, la culture de cannabis est limitée, voire inexistante. La majeure partie du relief du pays est aride et ne permet pas d’envisager de culture, quelle qu’elle soit. Il est possible que des cultures à petite échelle existent dans certaines régions reculées, mais considérant la sévérité des lois antidrogue et l’écrasante domination de la mastication du khat, cela demeure peu probable.

Bien que Djibouti jouisse d’une criminalité relativement faible comparée à celle de ses voisins, en particulier l’Érythrée et la Somalie, et soit généralement considéré comme sûr, il est déconseillé d’essayer de s’y procurer du cannabis auprès des dealers de rue – qui sont souvent des enfants, et qui vendent également de l’héroïne et d’autres drogues dures. En réalité, le problème du travail et de la traite des enfants à Djibouti surpasse de loin les problèmes découlant du trafic de cannabis et d’autres drogues.

Lois anticannabis, arrestations et condamnations

À Djibouti, la possession et la vente de drogue sont passibles de cinq années d’emprisonnement et d’une amende. La production, la fabrication et le trafic de drogues illégales sont passibles de la prison à perpétuité. Il n’existe aucune statistique sur le nombre de prisonniers purgeant actuellement des peines pour des faits de drogue. Toutefois, la prison centrale de la ville de Djibouti a une capacité maximale de 600 détenus et est déjà surpeuplée.

Les arrestations de citoyens djiboutiens hors du pays, comme ces deux individus pris en délit de trafic de cannabis au Somaliland, sont également rares.

La situation actuelle à Djibouti

La piraterie et la traite des humains dans le golfe d’Aden sont une priorité qui a la faveur des représentants officiels djiboutiens, au détriment du cannabis (Official U.S. Navy Imagery)

Djibouti, à l’instar de la majeure partie de la région de la corne d’Afrique, devient de plus en plus instable économiquement et politiquement. L’unique prison centrale est déjà surpeuplée et sous-financée, la situation des prisonniers est dangereuse et souvent désespérée, et l’on constate une tendance à la hausse de la criminalité en général.

Malgré les promesses du gouvernement djiboutien de lutter contre le trafic de drogues, d’armes et d’humains, peu de dispositions en faveur des prisonniers ont été rendues publiques, et il en va de même des programmes de réhabilitation et de traitement pour les toxicomanes. Le risque de détérioration des conditions de vie des prisonniers est réel si la cadence des arrestations continue d’augmenter.

Il est primordial de documenter l’histoire et les évènements de la guerre contre les drogues dans tous les pays où elle est menée. Les organisations telles que le Hash Marijuana & Hemp Museum à Amsterdam sont de ce fait d’une importance cruciale. Grâce à elles, il est possible de réunir les données issues de diverses sources crédibles afin d’offrir une information la plus précise, actuelle et impartiale possible sur la situation mondiale actuelle.

Seshata est une écrivaine cannabique freelance habitant à Amsterdam, aux Pays Bas. http://sensiseeds.com

 


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