Éthiopie/Égypte : Le Caire a envoyé un avertissement à Addis-Abeba pour son refus de signer l’accord de Washington sur le barrage du Nil.

Éthiopie/Égypte : Le Caire a envoyé un avertissement à Addis-Abeba pour son refus de signer l’accord de Washington sur le barrage du Nil.

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Les États-Unis avaient rédigé un accord pour réglementer le fonctionnement du barrage hydroélectrique construit par l’Éthiopie et le remplissant l’énorme réservoir d’eau qui l’alimentera en continue.

L’Égypte a déclaré samedi qu’elle utiliserait « tous les moyens disponibles » pour protéger les intérêts de son peuple, un avertissement à peine voilé adressé à l’Éthiopie après le refus d’Addis-Abeba de signer un accord rédigé par le gouvernement américain pour réglementer le fonctionnement d’un barrage hydroélectrique géant qu’elle construit sur le Nil bleu et le remplissage d’un réservoir derrière lui. « Toutes les instances égyptiennes continueront à accorder à cette question l’attention maximale qu’elle mérite dans le cadre de leurs responsabilités nationales de défendre avec tous les moyens disponibles les intérêts du peuple égyptien, son destin et son avenir », a déclaré samedi 29 février 2020 le ministère égyptien des Affaires étrangères.

L’Égypte, la nation arabe la plus peuplée avec 100 millions d’habitants, dépend du Nil pour plus de 90 % de ses besoins en eau. Elle a maintenu pendant des années de négociations avec l’Éthiopie afin de trouver un accord qui réduit à des niveaux gérables l’impact d’une part réduite de l’eau du fleuve sur son économie et sa sécurité alimentaire. Pour Addis-Abeba, le grand barrage éthiopien de la Renaissance, d’une valeur de 4 milliards de dollars, est devenu un symbole de fierté nationale et une pièce maîtresse de son développement et de son ambition de devenir le plus grand exportateurs d’énergie d’Afrique, un exploit qui serait à la hauteur de son influence politique et diplomatique croissante dans la région.

L’Égypte a paraphé l’accord lors du dernier cycle de négociations qui s’est tenu à Washington jeudi 27 et vendredi 28 février 2020. L’Éthiopie s’est absentée des négociations de Washington après avoir demandé un délai pour permettre davantage de consultations internes sur la question, selon une déclaration publiée tard vendredi par le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin. Le gouvernement américain, en collaboration avec la Banque mondiale, joue depuis des mois un rôle de médiateur dans le conflit égypto-éthiopien, avec plusieurs cycles de négociations qui se sont tenus à Washington. Le Soudan, qui est un autre pays en aval comme l’Égypte, mais qui ne serait pas touché de manière significative par le barrage, n’a pas non plus signé le projet.

La déclaration de M. Mnuchin, qui n’a pas dit si d’autres négociations étaient prévues, a promis que Washington continuerait à travailler avec les trois nations jusqu’à ce qu’un accord soit signé, un scénario optimiste que l’Égypte ne semblait pas partager entièrement samedi 29 février 2020 parce que Le Caire considère l’intransigeance d’Addis-Abeba comme une tactique de gain de temps.

La réaction de l’Éthiopie ne s’est fait pas attendre longtemps.

Le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l’Eau, de l’Irrigation et de l’Énergie de la République fédérale démocratique d’Éthiopie ont pris note avec déception de la déclaration publiée par le département du Trésor des États-Unis sur le grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) le 28 février 2020, à la suite d’une réunion tenue sans la participation de l’Éthiopie. L’Éthiopie avait informé l’Égypte, le Soudan et les États-Unis qu’elle avait besoin de plus de temps pour délibérer sur le processus.

L’Éthiopie, en tant que propriétaire du GERD, commencera le premier remplissage du GERD parallèlement à la construction du barrage conformément aux principes d’utilisation équitable et raisonnable et de ne pas causer de dommages significatifs, comme le prévoit l’accord sur la déclaration de principes (DoP).

L’Éthiopie n’accepte pas la caractérisation selon laquelle la négociation sur les directives et les règles relatives au premier remplissage et à l’exploitation annuelle de la RGD (directives et règles) est terminée. Le « texte » qui aurait été paraphé par la République arabe d’Égypte à Washington D.C. n’est pas le résultat de la négociation ou de la discussion technique et juridique des trois pays. L’Éthiopie a clairement indiqué que les lignes directrices et les règles doivent être préparées par les trois pays. Les pays n’ont pas encore réglé les questions en suspens concernant la finalisation des lignes directrices et des règles.

Avec l’approche de la date de remplissage du grand réservoir du barrage, la situation est montée d’un cran, mais risque de déraper et la guerre du Nil menace d’éclater.

Hassan Cher


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Authored by: Hassan Cher Hared

Hassan Cher Hared