Ethiopie: Lettre ouverte à M. Hailemariam Desalegn, Premier ministre de l’Etat fédéral d’Ethiopie

Régions et zones administratives en EthiopiePar la présente, la communauté Somali-Issa de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg dénonce vigoureusement la répression et le nettoyage ethnique perpétrés par les forces de l’ordre éthiopiennes à l’encontre du peuple Somali-Issa depuis le 26 juin 2014 dans les villes de Cadaytu, Xundhufo, Gadhmalu, Afcase et Canbuus. La communauté Somali-Issa demande la libération immédiate des dirigeants élus des villes de Cadaytu et Canbuus qui ont refusés d’exécuter le programme de nettoyage ethnique.

En particulier nous demandons la libération des élus et des civils dont les noms suivent :

Ali Houssein Gouled, maire de la ville de Cadaytu

Aden Hared Waberi, maire-adjoint de la ville de Cadaytu

Elmi Diraneh Hoche, responsable à la sécurité à Cadaytu

Hared Ali Areh

Robleh Ali Farah

Abdi Awled

 

Nous informons la communauté internationale que plusieurs dizaines de civils sont à ce jour portés disparus.

 

Derrière le prétendu conflit de délimitation entre les Etats fédérés Afar et Somali, nous sommes persuadés que le gouvernement éthiopien cache un programme de « land grabbing » ou accaparement des terres ancestrales des Somali-Issas.

Comme les précédents programmes du même type déjà mis en œuvre en Ethiopie notamment à Gambella, dans la vallée de l’OMO, à Bodi et à Kwegu, celui-ci s’est aussitôt traduit par des expulsions forcées, des violations des droits humains, l’augmentation de l’insécurité alimentaire, de la faim et de la pauvreté pour les autochtones Somali-Issas.

 

Nous, la communauté Somali-Issa de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg :

 

  • Condamnons fermement l’intervention brutale de l’armée fédérale éthiopienne à Cadaytu, Xundhufo, Gadhmalu, Afcase et Canbuus,
  • Demandons instamment à l’armée fédérale éthiopienne d’arrêter les programmes de nettoyage ethnique des populations Somali-Issas dans la région de Shinile,
  • Exigeons de l’armée éthiopienne la levée immédiate de l’état de siège autour des villes de Cadaytu, Xundhufo, Gadhmalu, Afcase et Canbuus et le rétablissement de la liberté de circulation pour les nomades Somali-Issas,
  • Demandons à l’armée fédérale éthiopienne de mettre immédiatement fin aux arrestations, atrocités, disparitions, les exécutions extrajudiciaires et le pillage du cheptel des populations civiles Somali-Issas sans défense dans l’Etat fédéré Somali,
  • Exigeons le respect de l’article 18 de la constitution éthiopienne qui énonce : « Everyone has the right to protection against cruel, inhuman or degrading treatment or punishment. » (Chacun a le droit d’être protégé contre tout traitement ou châtiment cruel, inhumain ou dégradant),
  • Rappelons que le déplacement forcé des populations Somali-Issas est une violation de l’article 46 de la constitution éthiopienne qui stipule que les limites territoriales entre Etats fédérés respectent le consentement des peuples concernés : « States shall be delimited on the basis of…language, identity and consent of the peoples concerned »,
  • Exigeons l’organisation d’un référendum dans les villes de Cadytu, Xundhufo, Gadhmalu, Afcase et Canbuus afin de permettre aux populations concernées de choisir librement le rattachement à l’Etat fédéré Somali ou Afar,
  • Condamnons la politique dite du « land grabbing » qui consiste à pousser les populations Somali-Issas à l’exode en s’accaparant leurs terres pour ensuite les mettre à la disposition d’investisseurs étrangers,
  • Soulignons qu’il faut d’urgence mettre sur pied une commission mixte de résolution des conflits composée des élus locaux des Etats fédérés Afar et Somali,
  • Soulignons qu’il est de l’intérêt de l’Etat éthiopien de maintenir la paix et la sécurité dans la région de Shinile par où transitent plus de 90% des exportations (café, produits agricoles, etc.) et importations (hydrocarbures, biens d’équipement, etc.) éthiopiennes,
  • Mettons en garde le gouvernement éthiopien quant à la préservation de la stabilité régionale car les populations Somalis-Issas vivent également à Djibouti et en Somalie,
  • Mettons aussi fermement en garde le gouvernement éthiopien quant aux conséquences d’une éventuelle sécession de la région de Shinile conformément à l’article 39§ 1 de la constitution éthiopienne qui stipule : « Every Nation, Nationality and People in Ethiopia has an unconditional right to self-determination, including the right to secession » (Chaque Nation, Nationalité et Peuple d’Ethiopie possède le droit inconditionnel à l’autodétermination y compris le droit à la sécession), au cas où la répression brutale et indiscriminée à l’endroit du peuple Somali-Issa perdure,
  • Demandons à l’Ethiopie de reconsidérer sa politique d’accaparement des terres indigènes à la lumière des récents rapports des organisations internationales qui soulignent le fait que ces programmes aggravent l’insécurité alimentaire et la pauvreté,
  • Prions instamment la communauté internationale, en particulier les organisations des droits de l’homme (Human Right Watch, Survival International, ActionAid, etc.) de suivre de près l’évolution de cette énième crise de la problématique du « land grabbing » en Ethiopie.

 

L’association WAARUF

 

Appel à manifester devant les ambassades éthiopiennes partout dans le monde

L’association WAARUF organisera une grande manifestation devant l’ambassade d’Ethiopie à Bruxelles le vendredi 18 juillet 2014 entre 11h et 13h.

Nous demandons à nos sœurs et frères en Europe, au Canada, aux Etats-Unis et en Australie de faire de même afin de forcer le gouvernement éthiopien à mettre fin immédiatement au nettoyage ethnique en cours du peuple Somali-Issa.


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