Soudan: des opposants veulent un pouvoir multi-ethnique

drapeau soudanLes différents groupes ethniques doivent participer au pouvoir au Soudan pour que soit mis un terme aux rébellions régionales toujours actives deux ans après l’indépendance du Soudan du Sud, estime un nouveau mouvement d’opposition.

Les fondateurs du « Mouvement national pour le changement », qui sont tous islamistes, veulent tendre la main aux militants de gauche et aux laïcs pour établir une démocratie multi-ethnique à la place du régime du président Omar el-Béchir à dominante arabe.

Pour Khaled Tigani, un des fondateurs du groupe et rédacteur en chef de l’hebdomadaire économique Elaff, il est temps de mettre en place un « nouveau système politique » pour le pays dirigé d’une main de fer par M. Béchir qui avait pris le pouvoir par un coup d’Etat en 1989.

Le Mouvement national pour le changement a été constitué fin octobre après une autre réaction de mécontentement d’une trentaine de membres du Parti du Congrès national (CGN) au pouvoir, partis pour fonder un nouveau groupe politique.

Depuis son indépendance en 1956 de l’Egypte et de la Grande-Bretagne, le Soudan n’a connu que trois périodes de démocratie de 12 ans au total et est soumis à un régime militaire depuis plus de quatre décennies.

Et jamais le problème de la diversité ethnique et culturelle de cet immense pays n’a été pris en considération, estime M. Tigani.

Le nouveau mouvement doit être représentatif de la diversité soudanaise en incluant « des laïcs, des islamistes, des sympathisants de gauche, de différentes régions, des femmes, des jeunes et des personnes âgées », explique le politologue Al-Tayib Zainalabdin Mohammed, un de ses co-fondateurs.

Il ne s’agit pour l’instant que d’un « forum de dialogue » mais il pourrait d’ici deux à trois ans devenir un véritable parti politique, selon M. Mohammed.

Le Canada et le Liban pris en exemple

En 2011, le Soudan du Sud, peuplé en majorité de chrétiens et d’animistes, a acquis son indépendance après de longues années de guerre civile.

Au Darfour, dans l’ouest du Soudan, les combats entre rebelles et forces du gouvernement se poursuivent depuis une décennie.

« Il y a une sorte d’élite venue du centre du Soudan qui contrôle tout, le pouvoir et les richesses », dénonce M. Mohammed.

Les provinces du Kordofan-Sud et du Nil bleu sont également troublées par des rébellions en raison de la marginalisation dont certains groupes s’estiment victimes de la part de l’élite arabe de Khartoum.

La majorité des Soudanais sont musulmans mais des millions d’entre eux ne sont pas arabes et le pays comprend également une minorité chrétienne.

Le Mouvement national pour le changement estime que le Soudan a besoin d’un gouvernement fédéral avec une représentation proportionnelle garantissant des sièges au sein de l’exécutif et du Parlement à chacun des groupes.

M. Mohammed évoque le cas du Liban où une tradition non écrite mais strictement respectée impose que le président soit un chrétien maronite, le Premier ministre un musulman sunnite et le président du Parlement, un chiite.

D’autres pays, comme le Canada où les sièges du Sénat sont répartis pour donner une représentation égale à chaque région, peuvent aussi servir de modèles, ajoute-t-il.

Les critiques à l’égard du gouvernement soudanais sont devenues de plus en plus prégnantes depuis la mort de dizaines de personnes lors de manifestations contre la hausse des prix des carburants fin septembre.

Le départ de la trentaine de membres du CGN et leur volonté affichée de créer un nouveau parti a, entre autres, conduit le président Béchir à évoquer des « réformes » et un remaniement ministériel.

Ce groupe dissident est mené par Ghazi Salahuddin Atabani, un ancien conseiller du président. Ce dernier a affirmé vouloir créer un « parti islamique modifié ».

Mais pour le Mouvement national pour le changement, au Soudan, le modèle d’un gouvernement « islamique » a échoué entre les mains du régime d’Omar el-Béchir.

Copyright © AFP 2013. Tous droits réservés.

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