Ethiopie / Egypte et Soudan : Premier accord sur le barrage d’Addis-Abeba sur le Nil bleu

Barrage Ethiopien sur le NilDurant la réunion qui s’est tenue au Caire les 16 et 17 octobre, l’Éthiopie, le Soudan et l’Égypte ont choisi 7 bureaux internationaux de consultation. Ce sont des bureaux français, anglais, australien, allemand, hollandais et suisse qui sont mis en concurrence pour ce projet. Ils ont pour mission de présenter leur évaluation technique et financière que représente la construction du barrage. Ses propositions seront analysées à Khartoum le 4 décembre prochain par un comité tripartite qui retiendra l’un des projets présentés par les candidats. Ce consultant devra élaborer, dans un délai de 5 mois, deux rapports sur le barrage de la Renaissance. L’un portera sur l’hydrologie du modèle de simulation du barrage et l’autre sur son impact sur les pays en aval.

Le comité tripartite s’est mis d’accord pour choisir Corbett & co, un cabinet d’avocats anglais très renommé sur le plan international dans les grands projets de construction et les contentieux qui y sont liés. « Ce bureau anglais représentera les 3 pays dans le suivi des mesures financières et administratives, en coopération avec le bureau de consultation qui sera choisi le mois prochain, afin d’examiner les deux études en question », a expliqué le ministre égyptien des Ressources hydriques et de l’Irrigation, Hossam Moghazi. La réunion a laissé apparaître des désaccords concernant l’agenda du projet. « Le côté éthiopien voulait que les deux rapports soient présentés dans un an, au lieu de 5 mois, comme nous l’avions décidé ensemble à Khartoum. Leur point de vue était de donner plus de temps au bureau de consultation, afin d’avoir les résultats les plus précis », a déclaré à l’Hebdo un responsable égyptien ayant requis l’anonymat.

« La perte de temps n’est pas profitable à l’Egypte, car l’Ethiopie continue les constructions, et si les résultats des deux rapports paraissaient dans un an, il serait presque impossible de suivre leurs recommandations, car ce serait trop tard ! », poursuit-il.

Les demandes de l’Egypte sont assez légitimes, elle ne veut que sécuriser son approvisionnement en eau tout en respectant le droit de l’Ethiopie au développement. Mais les experts assurent que le barrage, par ses spécificités techniques et ses dimensions actuelles, rend l’Ethiopie capable de priver l’Egypte d’une partie de son approvisionnement en eau. Quant aux Ethiopiens, ils refusent complètement de discuter des spécificités du barrage ou de l’arrêt temporaire des travaux.

Pourtant, les Ethiopiens se défendent d’avoir l’intention de menacer l’Egypte dans son approvisionnement en eau. « Nous n’avons pas l’intention de nuire à l’approvisionnement en eau des pays situés en aval, c’est un principe, et ce principe en lui-même est une garantie. Qui peut garantir la quantité des pluies ? Même l’inondation dépend des pluies. Ce dont je peux vous assurer c’est qu’on gardera ce principe », a répondu Alemayehu Tegenu à une question posée par Al-Ahram Hebdo pendant la conférence de presse, et demandant si l’Ethiopie était prête à signer un accord garantissant l’approvisionnement en eau de l’Egypte maintenant et pour le futur.

Bien qu’il n’y ait pas eu de refus clair, il semble évident que l’Ethiopie n’est pas prête à signer un tel accord, et que par conséquent, elle n’est pas sûre que son barrage permette l’approvisionnement de l’Egypte en eau en quantité suffisante.

« Tous les points obscurs ou les incertitudes liées au projet ne le seront plus dans 5 mois », avoue à l’Hebdo Alaa Yassine, consultant du ministre des Ressources hydriques et de l’Irrigation pour les affaires des barrages et membre du comité national égyptien dans les négociations du barrage de la Renaissance.

« Nous sommes sur la bonne voie. Quand deux parties ne sont pas d’accord sur quelque chose, il faut d’abord rester ensemble et négocier, c’est ce que nous faisons actuellement. Nous, comme comité technique, nous sommes responsables de suivre la voie technique. C’est le résultat des deux rapports qui seront élaborés en avril qui détermineront la suite des négociations politiques et diplomatiques », souligne Yassine.

En effet, le premier rapport qui portera sur l’hydrologie du modèle de simulation du barrage expliquera quelles devront être les caractéristiques du barrage, pour avoir un impact négatif minimal sur les pays en aval.

Malgré des doutes quant à la sincérité du respect des recommandations des rapports à venir, le ministre éthiopien a assuré le contraire pendant la conférence de presse : « Nous avons accepté le principe de ces études pour connaître les impacts de ce barrage sur nos voisins, et nous sommes en train de choisir le bureau de consultation. Ces éléments signifient bien que nous prendrons en considération, pour notre intérêt commun, les recommandations des deux rapports ».

Le projet d’un barrage sur le Nil bleu remonte aux années 1960. Les Ethiopiens n’avaient jamais finalisé ce projet, mais la construction de ce barrage s’est accélérée suite à la révolution du 25 janvier 2011, qui avait affaibli l’Egypte dans sa politique internationale.

Ce faramineux projet de 170 mètres de hauteur et d’une capacité de stockage de 74 milliards de m3 d’eau sur le Nil bleu en Ethiopie a toujours fait l’objet de vives tensions. Pour l’Egypte, le Nil représente 95 % de sa réserve d’eau douce et prend source au-delà de ses frontières, notamment en Ethiopie. L’Egypte a toujours perçu ce projet comme un danger pour son approvisionnement en eau douce. En 2010, un comité de coopération, incluant le Soudan également menacé par la construction du barrage, avait déjà tenté en vain de trouver un accord .

Ahram


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