Berbera / Djibouti / Dubaï : Guelleh est-il opposé au développement du port de Berbera ou a-t-il une haine particulière contre l’UAE?

manifestation_à_berbera_20-6-2016_contre_DP_WorldLa noce et la lune de miel de la joint-venture…

En 2000, DP World et le gouvernement Djiboutien ont créé un joint-venture, avec la signature d’une concession de 20 ans pour l’exploitation du port de Djibouti. Ce partenariat fructueux a conduit à l’investissement de  joint-venture dans la construction d’un nouveau port à Djibouti,  le terminal à conteneurs de Doraleh nouvellement développé.

Inauguré le 15 Décembre, 2008, le Terminal à conteneurs de Doraleh (DCT) est le terminal de conteneurs le plus avancé technologiquement sur le continent africain. Situé à 11 km au Sud-Ouest du Port Autonome International de Djibouti, DCT bénéficie du même emplacement stratégique au carrefour des principales voies de navigation reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Le port se trouve sur la route commerciale est-ouest majeur avec une déviation minimale et fournit un hub sécurisé dans la région pour les activités de transbordement et de relais.

Grâce à ses installations logistiques modernes et un emplacement stratégique, Doraleh est bien placé pour devenir la plaque tournante de distribution de conteneurs de premier plan pour la région. En outre, une nouvelle zone franche qui contribuera grandement à augmenter le trafic du port à l’avenir est prévu dans le projet.

Des reproches en agacement, le quotidien de la joint-venture devient invivable…

A la signature de l’accord avec DP World sur la gestion des ports de Djibouti Guelleh avait octroyé à DP World 60% de la recette portuaire, 30% enregistré au nom d’Ismaël Omar Guelleh avec comme blanchisseur Abdourahaman Mahamoud Boreh et 10% revienne à l’état Djiboutien.

Depuis qu’il a rompu, en 2009, avec son ancien ami – et financier de ses campagnes électorales – Abdourahman Mahamoud Boreh, le président Ismaïl Omar Guelleh (IOG) a engagé contre lui des procédures judiciaires pour corruption au Royaume-Uni et dans plusieurs autres pays et la justice djiboutienne l’a également condamné par contumace en 2010 pour incitation au terrorisme. Boreh a été retenu à Dubaï un certains périodes où son passeport français lui avait été retiré. Mais IOG a connu un premier revers en ne parvenant pas à obtenir son extradition et en voyant Interpol le retirer de sa liste rouge.

L’accusation a subi un nouveau coup dur récemment, lorsqu’il est apparu au grand jour que Boreh avait été condamné à Djibouti sur la base d’une fausse preuve, car cette sentence avait ensuite induit en erreur la justice britannique dans le dossier d’accusation pour corruption.

Suite au refus de Dubaï de livrer sur un plateau Abdourahman Boreh, Guelleh pique une colère rouge contre Dubaï et  dans son mabraz d’haramous, lieu où se tiennent les séances de broutage des khats, il laisse entre qu’il ne manquera pas d’occasion pour se venger de Dubaï.

À l’aéroport international de Djibouti, le 11 avril 2015, un diplomate émirati aurait eu une altercation sur le tarmac avec un officier de l’armée de l’air djiboutienne et cousin proche de Guelleh. Compte tenu du fait de la présence dans l’enceinte de l’aéroport de nombreuses bases militaires, notamment américaine, française, espagnole, allemande, japonaise et djiboutienne, le niveau d’alerte et de sécurité y est extrêmement élevé. Les forces de l’ordre sont sur les dents, notamment après l’attentat de Garissa, au Kenya.
Le haut responsable militaire émirati aurait été malmené et giflé par le lieutenant-colonel Wahib Moussa Kalinleh, comme n’importe quel quidam. Cette attitude pose d’ailleurs plus largement le problème de la violence et de la brutalité policière qui sont monnaie courante à Djibouti.

Relations dans le creux de la vague

Signe de tension, la décision pour le moins surprenante des Émirats arabes unis de rappeler leur ambassadeur pour « consultation » et de mettre le drapeau émirati dans l’enceinte de l’ambassade en berne à mi-hauteur de son mât. Dans les usages diplomatiques, ce rappel pour consultation dénote un haut degré de désaccord.
Sans toutefois aller à la rupture des relations diplomatiques, les Émirats arabes unis ont décidé de ne pas se contenter de protestations de pure forme, mais d’aller encore plus loin. C’est un début de crise ouverte puisque, jusqu’à nouvel ordre, il n’est plus possible pour un ressortissant djiboutien d’obtenir un visa pour se rendre aux Émirats arabes unis. Cette décision a été annoncée par le gouvernement émirati qui l’explique comme une mesure de représailles.
Cette décision est bien calculée. Elle met les autorités djiboutiennes dans une position très inconfortable. Cette mesure de suspension des visas n’est pas définitive, elle permet de faire pression tout en conservant la possibilité de négocier. C’est la première fois que Djibouti se retrouve dans une posture diplomatique aussi désagréable.
L’ire des autorités émiraties, conviennent les observateurs, n’est pas sans lien avec l’affaire Boreh et les malversations supposées concernant le contrat de concession entre Doraleh Container Terminal et DP World. Une procédure en arbitrage auprès de la Cour de Londres a été ouverte afin d’examiner la requête du gouvernement djiboutien de résiliation du contrat de concession et des documents relatifs au projet pour cause d’illégalité et de corruption.

DP World, qui dispose d’un portefeuille d’environ 65 terminaux à travers le monde, va annuler la concession de 30 ans pour exploiter le terminal de Doraleh à Djibouti. L’annonce d’annulation de DP World n’est pas un gros problème selon le gouvernement de Djibouti parce que Doraleh était une principale porte d’entrée pour les importations de pétrole en Afrique de l’Est, ainsi qu’un point de transbordements pour les marchandises circulant entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Avec une capacité de manutention annuelle d’unités équivalentes de 1,2 million de vingt pieds, le terminal est le plus grand en Afrique orientale maintenant.

DP World, qui a déjà cinq opérations en Afrique, y compris en Egypte, Djibouti et le Sénégal continuera son fonctionnement en Afrique. Djibouti sera retiré de la liste. La République du Somaliland remplacera le gouvernement de Djibouti.

Si Djibouti perd les opérations de DP World à Doraleh, il serait le deuxième pays qui se trouve le long de la région de la côte de la mer Rouge avec lequel DP World a annulé un accord dans les secteurs portuaires. En septembre 2012, DP World avait annoncé qu’il a vendu 50% de sa participation à  la société de gestion du terminal à conteneurs du port d’Aden, le Yémen, au début des agitations.

Le divorce…

La concession de 30 ans du terminal à conteneurs du port de Berbera, en Somaliland. Au mois de mai 2016 DP World a signé un accord avec le ministre des Affaires étrangères somalilandais, Saad Ali Shire, et le président de Dubaï Ports World, Sultan Ahmed Bin Sulayem, pour la concession de 30 ans du terminal à conteneurs du port de Berbera, au Somaliland.

Ce contrat prévoit un investissement de 442 Million de dollars US au cours des prochaines années. Dans le cadre de cet appel d’offres, DP World a annoncé son intention de faire du port de Berbera une plaque tournante logistique dans la corne de l’Afrique. Outre l’extension du port et la construction de nouveaux terminaux, les deux parties prévoient l’aménagement d’une zone franche. « Le développement du port de Berbera fournira une passerelle supplémentaire pour l’Éthiopie, qui est nécessaire pour sa croissance et qui servira aussi d’autres pays enclavés le long de la côte Est de l’Afrique « , s’est félicité Dubaï Ports World.

Éthiopie, qui était un client au port de Doraleh, a salué l’accord historique entre le Somaliland et DP World. Pour les Éthiopiens, la construction d’un port à Berbera constitue une opportunité pour réduire sa dépendance à celui de Djibouti. Or les deux terminaux seront gérés par le même opérateur, ce qui pourrait nuire à la concurrence.

Maintenant, c’est une réalité, ce qui explique pourquoi le président de Djibouti, Guelleh, est mécontent de l’accord entre le Somaliland et le DP World qui repose sur un investissement considérable pour le port de Berbera.

Les conséquences…

Après le décès de feu Mohamed Haji Ibrahim Egal, premier président de la Somaliland,  Ismaël Omar Guelleh, le président de Djibouti, fournit un soutien  financier et administratif à la Somaliland et en contrepartie Hargeisa l’aide à tenir sous les bottes les issas du Nord de la Somaliland. Craignant que cette région d’Awdal devienne l’arrière base d’une rébellion issa, Guelleh faisait tout pour avoir sous sa coupe la Somaliland. D’ailleurs, des hackers qui avaient piraté la base des données de la société des transferts d’argent « Dahabshil » ont révélé les salaires que  la présidence djiboutienne versée à  des politiciens et fonctionnaires de la Somaliland.

Pendant qu’on y est, cette crainte avait conduit Gouled/Guelleh à tuer en 1991  deux politiciens Issa de l’USF à Dire Dawa le 16/10/1990 – http://www.hch24.com/actualites/02/2014/djibouti-ismael-omar-guelleh-un-criminel-rattrape-par-ses-crimes-odieux/ -. Ces deux victimes sont  Hamoud Ahmed Farah dit Hamoud Langadhe (Saad-Moussa, sous clan reer-mousse), un chef de file de longue date d’un mouvement d’insurrection anti-éthiopienne dont les membres sont issus de clans Issa des régions frontalières qui tombent à travers les lignes de démarcation entre le Somaliland, l’Ethiopie et Djibouti et Abdillahi Doualeh Eleye (Yonis/Mousse, sous-clan reer-kul). Hamoud et son ami Abdilahi sont venus à Dire Dawa afin de faire pacte avec le SNM qui mène une compagne de guérilla contre les forces gouvernementales du dictateur Siad Barre. La guérilla était entrée dans sa 9ème année au début de 1990. Le gouvernement de Djibouti, qui a soutenu Siad Barre, contrairement l’Ugaas des issas qui a soutenu le SNM, est irrité par la décision de Hamoud Langadhe qui est un danger dans le futur au régime de GOULED/GUELLEH à Djibouti.

Avant sa mort, Mohammed Idriss a occupé le poste de directeur adjoint de la police politique de Djibouti, SDS. Il a personnellement dirigé l’enquête sur le meurtre de Hamoud Langadhe et de son collègue Abdilahi Doualeh.

Pendant l’enquête, Idriss trouve suffisamment de preuves incriminant Ismail Omar Guelleh pour avoir orchestré l’opération d’assassinat de deux leaders politiques somalilandais.

La Somaliland semble s’extirper de l’emprise de Guelleh…

Cette nation autoproclamé voisine de Djibouti dont les liens qui nous unies sont si importantes, commence à paraître étrange à l’esprit machiavélique de Guelleh. Ce gouvernement de Hargeisa a négocié, à l’insu de Guelleh et Kadra Haïd, avec deux « ennemis » du couple de Haramous.

Le fait que le gouvernement d’Ahmed Mohamed Mahamoud Silanyo ait négocié en catimini avec DP World et Abdourahman Mahamoud Boreh, a irrité Guelleh au point qu’il a traité de tous les noms d’oiseaux possibles les Issaqs dont son épouse est issue. Il a vu dans cette affaire une certaines humiliation et de nature rancunier, Ismaël Omar Guelleh compte faire payer cette « trahison » à Hargeisa et aux issaqs en général.

Guelleh entreprend la déstabilisation de la Somaliland.

Les régions SOOL-SANAAG tant disputées par les Issaqs et des sous-clans Darod, voient Guelleh s’y meler et seront, avec l’appui de ce dernier, reconnues comme territoire Darod à rattacher au Puntland.

Des membres de la tribu Samarone ou Gadaboursi et du clan Issa/Mamasan sont invités à Djibouti depuis quelques semaines afin de relancer les guérillas « SDA » et « USF » qui cette fois combattront ensemble le « SNM ». Mais dans ce dernier projet, Guelleh a exclu les Yonis/Moussa, plus important numériquement que les Mamasans, parce qu’il craint qu’ils retournent les armes contre son régime mafieux à Djibouti.

La troisième phase de la revanche consiste à créer des troubles antis DP World à Berbera et des tentatives d’assassinat à l’égard des cadres dubaïotes en déplacements en Somaliland. De plus, des experts de DP World sont arrivés le dimanche 19 juin 2016 à Berbera et des manifestations anti émiraties arabe unis ont éclaté, dans la même ville, le lundi 20 juin 2016, moins de 24heures après l’arrivé des experts de DP World. Des politiciens somalilandais accusent dans les murmures Ismaël Omar Guelleh d’être derrière l’instauration de l’insécurité constatée ces derniers jours à certains partis de la Somaliland.

Il use aussi tous les moyens possibles pour qu’Hassan Cheick Mahamoud, actuel président de la Somalie, ouvre toute un parapluie de leviers de pression pour interdire aux dubaïotes de construire ce port.

Guelleh déversera en continu, pendant un certain temps, son venin sur les issaqs et DP World, mais la question est : quelles seront les réponses de Hargeisa et de Dubaï ?

Hassan Cher

 

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