Djibouti / Jeffrey Epstein : Guelleh a-t-il vendu le Boeing Business Jet de l’état djiboutien à Jeffrey Epstein ?

Les révélations évoquant une rencontre en septembre 2011 entre le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh et Jeffrey Epstein, ainsi que les interrogations persistantes autour de la vente d’un Boeing Business Jet appartenant à l’État djiboutien, appellent une analyse dépassant le registre politique ou moral. Les enjeux sont juridiques : droit international public, régime des biens de l’État, immunités, finances publiques et responsabilité pénale transnationale. (réf. EFTAR1_00526816 / EFTA02021172). Lien: https://docs.google.com/document/d/1oaGQm8RL2LWjhZ7O9vubASr8XS-vZP44/edit?usp=drive_link&ouid=105204112491453320592&rtpof=true&sd=true
I. La rencontre au Waldorf Astoria : immunités et responsabilité
1. Immunité du chef d’État en droit international
Un chef d’État en exercice bénéficie d’une immunité personnelle absolue (immunité ratione personae) devant les juridictions étrangères pour les actes accomplis pendant la durée de son mandat. Cette immunité couvre tant les actes officiels que privés.
Ainsi, même si une rencontre privée avec Jeffrey Epstein avait eu lieu en septembre 2011 à l’hôtel Waldorf Astoria de New York, les juridictions américaines n’auraient pas pu engager de poursuites contre un président en exercice, sauf renonciation expresse de l’État concerné.
Cependant, cette immunité est temporaire. Une fois le mandat terminé, seule subsiste l’immunité fonctionnelle (ratione materiae), qui protège uniquement les actes officiels accomplis dans l’exercice des fonctions. Les actes purement privés ne seraient plus couverts.
Si une rencontre relevait d’intérêts personnels ou extra-officiels, elle ne bénéficierait pas nécessairement de cette protection après la fin du mandat.
II. La vente du Boeing d’État : régime juridique des biens publics
2. Nature juridique de l’aéronef
Un avion appartenant à l’État relève du patrimoine public mobilier. Contrairement au domaine public immobilier (routes, ports, bâtiments administratifs), un aéronef gouvernemental appartient généralement au domaine privé de l’État, sauf affectation spécifique à un service public rendant sa cession juridiquement encadrée.
En principe, un bien du domaine privé de l’État peut être vendu. Toutefois, la cession doit respecter :
- les règles internes de gestion des biens publics,
- les procédures budgétaires,
- les exigences de transparence et d’évaluation.
3. Obligation de traçabilité budgétaire
En droit des finances publiques, la vente d’un bien de l’État génère une recette publique obligatoire à inscrire au budget.
Deux principes fondamentaux sont en jeu :
- Principe d’universalité budgétaire : toute recette doit être retracée.
- Principe de sincérité budgétaire : les comptes doivent refléter fidèlement la réalité.
Si le produit de la vente d’un Boeing d’État n’apparaît pas dans les lois de finances concernées, plusieurs hypothèses juridiques émergent :
- La recette a été comptabilisée via une entité parapublique (société,-écran, compte privé, etc.).
- La recette n’a pas été retracée, ce qui constituerait un détournement.
4. Jeffrey Epstein : un risque réputationnel ignoré
Les éléments documentés montrent que Jeffrey Epstein s’est intéressé en octobre 2018 au Boeing Business Jet appartenant au Gouvernement de Djibouti, stationné à Fort Lauderdale. Des échanges avec son pilote Larry Visoski indiquent qu’il a demandé le prix de l’appareil et envisagé une offre de 15 millions de dollars US, alors qu’un contrat à 25 millions de dollars était déjà en cours avec un acheteur kazakh.
Aucune preuve ne démontre cependant qu’Epstein ait formulé une offre formelle ni finalisé l’achat.
Même sans acquisition effective, le simple fait qu’un avion officiel ait pu être vendu en cachette démontre comment les détournements des actifs publics sont devenus une pratique habituelle.
La vente de ce Boeing Businnes Jet de l’état djiboutien n’apparait pas dans la recette du budget de l’état de 2018 et 2019. Ce qui prouve que l’argent de la vente du BBJ a été orienté dans un offshore à Panama ou Malta.
III. Dimension transnationale : droit américain et régulations aéronautiques
5. Compétence américaine
Si la transaction a été négociée ou exécutée aux États-Unis (Fort Lauderdale), plusieurs législations américaines pourraient théoriquement s’appliquer :
- règles de la FAA (Federal Aviation Administration),
- lois sur l’exportation d’aéronefs,
- réglementation anti-blanchiment.
Toute transaction suspecte impliquant des fonds d’origine publique pourrait attirer l’attention des autorités financières américaines si des circuits bancaires américains ont été utilisés.
IV. Responsabilité internationale de l’État
Indépendamment de la responsabilité pénale individuelle, un État peut engager sa responsabilité internationale s’il viole :
- ses propres engagements financiers internationaux,
- des obligations conventionnelles (lutte contre la corruption — Convention de l’ONU contre la corruption).
Djibouti est partie à plusieurs instruments internationaux imposant des standards de transparence et de lutte contre la corruption. Une gestion opaque d’actifs publics pourrait constituer une violation de ces engagements.
Conclusion : entre soupçon politique et prudence juridique
Sur le plan strictement juridique :
- L’absence de traçabilité budgétaire, si elle est confirmée, poserait un problème sérieux au regard du droit des finances publiques.
- Une gestion extrabudgétaire via des structures opaques pourrait exposer les responsables à des qualifications pénales nationales ou internationales.
Mais en matière de gouvernance publique, l’opacité répétée crée un terrain propice à la défiance.
La question centrale n’est donc pas seulement pénale. Elle est institutionnelle :
les mécanismes de contrôle à Djibouti permettent-ils réellement de vérifier la légalité et la transparence de la gestion des biens de l’État ?
C’est à ce niveau que se situe l’enjeu juridique majeur de cette affaire.
Hassan Cher
The English translation of the article in French.
Djibouti / Jeffrey Epstein: Did Guelleh Sell the Djiboutian State’s Boeing Business Jet to Jeffrey Epstein?
Revelations referring to a meeting in September 2011 between Djiboutian President Ismaïl Omar Guelleh and Jeffrey Epstein, together with persistent questions surrounding the sale of a Boeing Business Jet belonging to the Djiboutian State, call for an analysis that goes beyond political or moral considerations. The issues at stake are legal in nature: public international law, the legal regime governing state property, immunities, public finance law, and transnational criminal liability. (Ref. EFTAR1_00526816 / EFTA02021172). Link: https://docs.google.com/document/d/1oaGQm8RL2LWjhZ7O9vubASr8XS-vZP44/edit?usp=drive_link&ouid=105204112491453320592&rtpof=true&sd=true
I. The Waldorf Astoria Meeting: Immunities and Liability
1. Head of State Immunity Under International Law
A sitting Head of State enjoys absolute personal immunity (immunity ratione personae) before foreign courts for acts committed during the term of office. This immunity covers both official and private acts.
Accordingly, even if a private meeting with Jeffrey Epstein took place in September 2011 at the Waldorf Astoria Hotel in New York, U.S. courts would not have been able to initiate proceedings against a sitting president, absent an express waiver by the State concerned.
However, such immunity is temporary. Once the term of office ends, only functional immunity (ratione materiae) remains, protecting solely official acts performed in the exercise of state functions. Purely private acts would no longer be covered.
If a meeting concerned personal or extra-official interests, it would not necessarily benefit from such protection after the end of the mandate.
II. The Sale of the State Aircraft: Legal Regime Governing Public Assets
2. Legal Nature of the Aircraft
An aircraft owned by the State constitutes movable public property. Unlike immovable public domain property (roads, ports, administrative buildings), a government aircraft generally forms part of the State’s private domain, unless specifically assigned to a public service in a manner that legally restricts its disposal.
In principle, property within the State’s private domain may be sold. However, such disposal must comply with:
- domestic rules governing the management of public assets,
- budgetary procedures,
- transparency and valuation requirements.
3. Budgetary Traceability Obligation
Under public finance law, the sale of a state asset generates public revenue that must be recorded in the national budget.
Two fundamental principles are implicated:
- Principle of budgetary universality: all revenue must be recorded.
- Principle of budgetary sincerity (accuracy): public accounts must faithfully reflect reality.
If the proceeds from the sale of a State-owned Boeing do not appear in the relevant finance laws, several legal hypotheses arise:
a. The revenue was recorded through a para-public entity (shell company, private account, etc.).
b. The revenue was not recorded at all, which would constitute misappropriation of public funds.
4. Jeffrey Epstein: An Overlooked Reputational Risk
Documented elements indicate that in October 2018, Jeffrey Epstein expressed interest in the Boeing Business Jet belonging to the Government of Djibouti, then located in Fort Lauderdale. Communications with his pilot, Larry Visoski, show that he inquired about the aircraft’s price and considered making a USD 15 million offer, while a USD 25 million contract was reportedly already underway with a Kazakh buyer.
However, there is no evidence that Epstein submitted a formal offer or completed the purchase.
Even absent an effective acquisition, the mere possibility that an official aircraft could have been sold discreetly illustrates how the diversion of public assets may become normalized where oversight mechanisms are weak.
The sale of this Boeing Business Jet does not appear in Djibouti’s state budget revenue for fiscal years 2018 and 2019. This raises serious concerns as to whether the proceeds were diverted through offshore structures in jurisdictions such as Panama or Malta.
III. Transnational Dimension: U.S. Law and Aviation Regulations
5. U.S. Jurisdiction
If the transaction was negotiated or executed in the United States (Fort Lauderdale), several U.S. legal frameworks could theoretically apply:
- FAA (Federal Aviation Administration) regulations,
- aircraft export control laws,
- anti-money laundering regulations.
Any suspicious transaction involving funds of public origin could attract the attention of U.S. financial authorities, particularly if U.S. banking channels were used.
IV. International Responsibility of the State
Independently of individual criminal liability, a State may incur international responsibility if it violates:
- its own international financial commitments,
- treaty-based obligations (including anti-corruption obligations under the United Nations Convention against Corruption).
Djibouti is party to several international instruments imposing standards of transparency and anti-corruption compliance. Opaque management of public assets could constitute a breach of these commitments.
Conclusion: Between Political Suspicion and Legal Prudence
From a strictly legal perspective:
- The absence of budgetary traceability, if confirmed, would raise serious concerns under public finance law.
- Off-budget management through opaque structures could expose responsible parties to national or international criminal qualifications.
In matters of public governance, however, repeated opacity fosters systemic distrust.
The central issue is therefore not merely criminal — it is institutional:
Do Djibouti’s oversight mechanisms genuinely allow for verification of the legality and transparency of state asset management?
That is where the principal legal challenge of this matter ultimately lies.
Hassan Cher


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