Djibouti : la démission d’Alexis Mohamed, conseiller du président, une nouvelle parade orchestrée par Ismaïl Omar Guelleh

Djibouti – La démission d’Alexis Mohamed ce lundi 22 septembre 2025, conseiller spécial du président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh et cousin proche de ce dernier, a récemment suscité de nombreux commentaires, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. Derrière ce geste présenté comme une rupture courageuse avec le régime, plusieurs observateurs voient en réalité une stratégie savamment élaborée par le cercle présidentiel. Une décision qui, selon diverses sources, ne serait pas le fruit d’une rébellion individuelle, mais bien celui d’une réunion confidentielle du cercle dit Qawlaysato, souvent décrit comme le noyau dur de la « famille politique » au pouvoir.
- Alexis, d’un employé d’hôtel à l’ombre du pouvoir
Avant d’entrer dans les arcanes politiques djiboutiennes, Alexis Mohamed menait une carrière bien éloignée du champ institutionnel. Ancien employé du Sheraton, il s’exile ensuite en France où il bâtit une partie de son réseau.
2. L’infiltration de l’USN sur ordre présidentiel
En France, Alexis se rapproche de l’opposition regroupée au sein de l’Union pour le salut national (USN). Mais, selon plusieurs témoignages, ce rapprochement n’aurait rien de spontané. Il s’agissait d’une infiltration orchestrée sur instructions directes de son oncle, afin d’observer, contrôler et affaiblir de l’intérieur une coalition qui constituait, à l’époque, la principale menace pour la stabilité du régime.
3. Une récompense : conseiller spécial du président
Après avoir accompli cette mission, Alexis est rappelé auprès du palais présidentiel et nommé conseiller spécial du président. Une ascension fulgurante, qui récompense sa loyauté et son rôle d’agent de liaison dans un jeu d’équilibre politique où la famille demeure le pivot central.
4. La démission, une nouvelle parade du système Guelleh
La récente démission d’Alexis Mohamed, accompagnée de critiques acerbes contre le manque de démocratie et la gestion opaque des biens publics, est présentée comme une rupture franche avec son oncle. Mais derrière ce scénario, on voit bien la main du cercle Qawlaysato.
La décision aurait été entérinée lors d’une réunion confidentielle, comparée à la célèbre réunion d’Apalachin de 1957, moment historique où la mafia américaine avait organisé une rencontre au sommet. Dans le cas djiboutien, il s’agissait d’une réunion stratégique où il a été décidé qu’Alexis devait se repositionner publiquement en « opposant ».
Ce repositionnement répond à un contexte politique tendu : le président Guelleh peine à clarifier ses intentions quant à un éventuel sixième mandat, et la pression interne comme internationale se fait de plus en plus forte.
5. Alexis Mohamed, « opposant crédible » en vitrine internationale
La mission assignée à Alexis est claire : se forger une image d’opposant crédible, d’homme libre prêt à dénoncer la dérive autoritaire du régime. L’objectif est double. D’une part, capter la sympathie de l’opinion internationale et de certains partenaires stratégiques de Djibouti (France, États-Unis, Allemagne). D’autre part, infiltrer les canaux diplomatiques occidentaux afin de comprendre leurs véritables intentions vis-à-vis du régime mafieux de Guelleh.
Cette stratégie vise aussi à préparer le terrain à une éventuelle « alternative interne » : Alexis pourrait se présenter non pas comme simple dissident, mais comme solution de rechange acceptable, à la fois pour l’Occident et pour une partie de la scène politique locale.
6. Des discussions médiatisées avec le Bloc pour le salut national (BSN)
Pour renforcer sa crédibilité, Alexis devrait entamer des discussions avec le Bloc pour le salut national (BSN), une plateforme politique émergente et volatile. Ces rencontres, largement médiatisées, ont pour but de montrer qu’il est capable de fédérer l’opposition autour de lui. Un message adressé directement aux chancelleries occidentales, soucieuses de voir émerger une figure de transition à Djibouti.
7. Qui finance cette mascarade ?
Comme souvent dans les stratégies politiques du régime, la question du financement demeure sensible. Plusieurs sources indiquent que cette opération de communication serait directement prise en charge par les caisses de l’État djiboutien. Lors de la réunion de Qawlaysato, il aurait été décidé que Djama Ali Guelleh, directeur de l’Électricité de Djibouti (EDD), se chargerait de couvrir les frais liés à la tournée et aux activités politiques d’Alexis Mohamed.
8. Conclusion : une opposition sous contrôle ?
La démission d’Alexis Mohamed ne semble donc pas être une rupture sincère, mais plutôt un nouvel épisode d’un théâtre politique minutieusement orchestré. L’histoire récente de Djibouti montre que la famille présidentielle reste au cœur du système et qu’aucun mouvement politique significatif n’échappe à son contrôle. En se présentant comme opposant, Alexis Mohamed pourrait bien n’être qu’un pion supplémentaire dans la stratégie de survie d’Ismaïl Omar Guelleh. Une stratégie où l’apparence d’ouverture démocratique sert de façade, tandis que le véritable pouvoir reste solidement entre les mains du clan.
Hassan Cher
The English translation of the article in French.
Djibouti: The Resignation of Alexis Mohamed, Presidential Adviser, Another Stratagem Orchestrated by Ismaïl Omar Guelleh
Djibouti – The resignation on Monday, September 22, 2025, of Alexis Mohamed, special adviser to Djiboutian President Ismaïl Omar Guelleh and his close cousin, has recently sparked widespread commentary both inside the country and abroad. Behind what is being presented as a courageous break with the regime, many observers in fact see a carefully crafted strategy engineered by the presidential inner circle. According to various sources, this decision was not the product of an individual rebellion, but rather the outcome of a confidential meeting of the so-called Qawlaysato circle, often described as the hard core of the ruling “political family.”
1. Alexis: From Hotel Employee to the Shadow of Power
Before stepping into Djibouti’s political machinery, Alexis Mohamed pursued a career far removed from state institutions. A former Sheraton employee, he later went into exile in France, where he built part of his professional and personal network.
2. Infiltrating the USN on Presidential Orders
While in France, Alexis drew closer to the opposition coalition known as the Union for National Salvation (USN). Yet, according to several accounts, this rapprochement was far from spontaneous. It was in fact an infiltration mission, carried out under direct orders from his uncle, aimed at observing, controlling, and weakening from within a coalition that, at the time, posed the greatest threat to the regime’s stability.
3. The Reward: Special Adviser to the President
Once this mission was accomplished, Alexis was called back to the presidential palace and appointed special adviser to the president. A meteoric rise that rewarded both his loyalty and his role as a political go-between in a system where the family remains the central axis.
4. The Resignation: Another Stratagem of the Guelleh System
The recent resignation of Alexis Mohamed, accompanied by sharp criticisms of the lack of democracy and the opaque management of public assets, has been portrayed as a decisive break with his uncle. Yet behind this carefully staged narrative, the hand of the Qawlaysato circle is unmistakable.
The decision is said to have been sealed at a confidential meeting, likened to the infamous Apalachin meeting of 1957, a historic gathering of the American mafia. In the Djiboutian context, this was a strategic session where it was decided that Alexis should publicly reposition himself as an “opponent.”
This repositioning comes at a tense political moment: President Guelleh has yet to clarify his intentions regarding a possible sixth mandate, while both domestic and international pressure continues to mount.
5. Alexis Mohamed, the “Credible Opponent” on the International Stage
Alexis’s assignment is clear: to build an image as a credible opponent, a free man ready to denounce the regime’s authoritarian drift. The objective is twofold. On one hand, to attract sympathy from international opinion and Djibouti’s key strategic partners (France, the United States, Germany). On the other, to infiltrate Western diplomatic circles to gauge their true stance toward Guelleh’s mafia-like system.
This strategy also seeks to prepare the ground for a possible “internal alternative”: Alexis could present himself not as a mere dissident but as an acceptable replacement, both for Western powers and for part of the domestic political landscape.
6. High-Profile Talks with the Bloc for National Salvation (BSN)
To strengthen his credibility, Alexis is expected to hold discussions with the Bloc for National Salvation (BSN), an emerging and volatile political platform. These highly publicized meetings aim to demonstrate his ability to rally the opposition around him—a message directed squarely at Western chancelleries eager to see a transitional figure emerge in Djibouti.
7. Who Finances This Masquerade?
As is often the case with regime-driven political strategies, financing remains a delicate issue. Several sources indicate that this communications operation would be directly funded from Djibouti’s state coffers. During the Qawlaysato meeting, it was reportedly decided that Djama Ali Guelleh, Director of Djibouti Electricity (EDD), would cover the costs of Alexis Mohamed’s tour and political activities.
8. Conclusion: An Opposition Under Control?
Alexis Mohamed’s resignation therefore appears less as a genuine rupture and more as another episode in a carefully choreographed political theatre. Djibouti’s recent history demonstrates that the presidential family remains at the core of the system and that no significant political movement escapes its control.
By presenting himself as an opponent, Alexis Mohamed may well be nothing more than another pawn in Ismaïl Omar Guelleh’s survival strategy—a strategy in which the façade of democratic openness serves to mask a reality where true power remains firmly in the hands of the clan.
Hassan Cher


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