Soudan : Khartoum veut annuler l’accord sur la création de la base pour la marine russe au Port-Soudan.

Soudan : Khartoum veut annuler l’accord sur la création de la base pour la marine russe au Port-Soudan.

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Le 1er juin 2021, le Soudan a annoncé la révision de l’accord avec la Fédération de Russie sur la création d’une base sur la mer Rouge. La chaîne de télévision Al-Arabiya, citant des sources militaires à Khartoum, a rapporté qu’un accord avec Moscou sur la création d’un centre logistique pour la marine russe sur le territoire du pays a été conclu avec le régime de l’ancien président Omar al-Bachir (destitué du pouvoir en avril 2019 à la suite d’une révolte populaire suivie d’un coup de force militaire). « Le gouvernement et l’armée n’ont pris aucune décision concernant les accords militaires avec la Russie, de tels documents doivent être approuvés par le parlement. » « Nous avons clairement indiqué à Moscou que l’accord sur le Centre de soutien des forces navales n’est pas contraignant », a déclaré la source d’Al-Arabiya. Selon la source, le Soudan poursuit son dialogue avec Moscou, mais aucun accord antérieur ne sera encore mis en œuvre.

Début décembre 2020, on a appris que la Russie avait conclu un accord avec le Soudan sur la création d’un centre logistique pour la marine russe sur son territoire. Il est destiné à la réparation, au réapprovisionnement et au repos de l’équipage des navires de guerre russes. Le Soudan transfère à la Fédération de Russie pour une utilisation gratuite pendant toute la durée de l’accord, le territoire et les biens immobiliers, y compris la zone côtière et la zone d’eau avec une zone d’ancrage des bateaux.

Selon les termes de l’accord, la marine russe était censée avoir jusqu’à 4 navires en même temps sur la base, y compris des navires nucléaires. La partie russe a déclaré qu’elle aura le droit de transporter à travers les ports et aéroports du Soudan « les armes, munitions et équipements » nécessaires au fonctionnement de l’installation. L’effectif maximum du personnel militaire et civil de la base ne devait pas dépasser 300 personnes, son augmentation est possible en accord avec le Soudan. Dans le même temps, une option était prévue pour la rotation des équipages des navires de guerre en les transférant à Port Soudan, et les navires n’auraient pas à retourner dans leurs bases russes. Le contrat est valable 25 ans avec tacite reconduction pour 10 ans.

Comme l’a déclaré le chef d’état-major général des forces armées soudanaises, le lieutenant-général Mohammed Usman al-Hussein, dans une interview à la chaîne soudanaise Blue Nile TV, Khartoum négocie actuellement avec Moscou pour réviser le traité « afin de prendre en compte ses intérêts et ses avantages ». Selon le général, « un certain nombre d’articles du document ont fait du tort au Soudan ». « Cet accord n’a pas été ratifié par le législateur, comme l’exige la procédure d’approbation de tout traité international », a-t-il déclaré. « Par conséquent, nous ne sommes pas encore juridiquement liés par des obligations, et nous avons la possibilité d’amender et de changer l’accord de coopération militaire avec la Russie dans la mer Rouge, en tenant compte de nos intérêts. » Le général a ajouté que l’accord sera conclu s’il prend en compte le bénéfice mutuel des pays, sans nuire au Soudan.

Dans le même temps, Mohammad Usman al-Hussein a annoncé « l’ouverture de son pays à une coopération militaire avec les États-Unis ». « Auparavant, le Soudan était contraint de se limiter à la coopération militaire avec la Russie et la Chine, mais à l’heure actuelle, après que l’État a été exclu de la liste américaine des pays parrainant le terrorisme international, nous pouvons coopérer avec l’Amérique et les pays occidentaux », a déclaré le général. Dans le même temps, Khartoum ne lie pas la révision de l’accord avec Moscou à l’amélioration active des relations avec Washington.

Or, le conflit de début mai 2021 à propos de la base russe à Port-Soudan a provoqué un refroidissement indésirable dans les relations entre Moscou et Khartoum. En plus de l’annulation de la visite du ministre des Affaires étrangères, il y a eu des commentaires très négatifs de la part des militaires soudanais. Il n’y a pas de crise diplomatique publique. En privé, il existe de « fortes différences » entre les ministères des Affaires étrangères de la Russie et du Soudan. Officiellement, la raison de la tension réside dans l’accord conclu entre le régime du président déchu Omar el-Béchir et Moscou sur la création d’une base russe à Port-Soudan sur la mer Rouge.

Début mai 2021, plusieurs médias ont rapporté que les autorités soudanaises avaient suspendu l’accord. Ces informations ont été immédiatement réfutées par l’ambassadeur de Russie à Khartoum, Vladimir Zheltov. L’ambassadeur a tenté de sauver la face, mais, en diplomate expérimenté, il a déjà compris où soufflait le vent. En réalité, la raison de l’échec de cet accord est à la fois plus compliquée et plus simple. C’est juste que les parties ont poursuivi des objectifs différents. Le scandale a éclaté quelques jours seulement avant qu’une délégation soudanaise de 60 membres dont 10 hauts responsables gouvernementaux — ne se rende au Sommet de Paris sur le financement de l’Afrique le 18 mai.

Au cours de ce Sommet de Paris, le président français Emmanuel Macron a tenu une conférence de soutien à la transition au Soudan, au cours duquel l’annulation de la dette soudanaise a été annoncée pour près de 8 milliards d’euros. C’est le premier moment qui change radicalement la rhétorique, mais pas la position initiale de Khartoum. Certains observateurs ont vu dans le refus de l’accord sur la création de la base de la marine russe à Port-Soudan un intérêt personnel du Premier ministre, Abdullah Hamdok, et du président du Conseil souverain, Abdel Fatah al-Burkhan, pour renforcer leurs pouvoirs face aux donateurs internationaux.

HCH


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Authored by: Hassan Cher Hared

Hassan Cher Hared