Djibouti: 4è partie _Organisations et premier échec de la tentative de massacre par le biais d’un affrontement entre Mamasan et Yonis-Moussa fabriqué par le régime.

iog et mohamed djama - affrontements interclaniquesA  – organisation clanique de l’ethnie Issa

Les Issas sont des indigènes de la Corne de l’Afrique, principalement au Sud de Djibouti, au Nord de la Somalie et dans l’Est de l’Éthiopie. Ils représentent un sous ensemble de l’une des cinq grandes « confédérations claniques » des Somalis, les Dir.

Les relations entre les groupes et à l’intérieur de ceux-ci sont réglementées par des lois centenaires appelés Xeer-Issa. Il organise en particulier le paiement des dédommagements pour les blessures et décès (maag). Ce droit pénal est la base du contrat politique de la «démocratie pastorale» issa. Le « Xeer » issa s’applique aussi en cas de litige sur les biens, individuels ou tribaux, qu’ils soient d’ordre foncier ou matériel.

  1. Qu’est-ce que le Xeer-Issa?

La structure du Xeer-issa (les lois des issas) est basée sur des éléments fondamentaux.

Ils sont les suivants:

A – Lix Kabood  (Six chapitres).

B – Boqol iyo lixdan Dhagalay (cent soixante articles).

C – Saddex boqol iyo lix iyo Soddon (336) Sarood (Trois cent trente-six alinéas).

D – Afar boqol iyo Afar iyo Afartan Indhal (Quatre cent quarante-quatre jurisprudences).

Les six chapitres du Xeer-issa :

Les six chapitres du Xeer-issa se divisent en six sous-groupes qui sont les suivants :

1 – Dhiig (prix du sang); 2- Dhaqan (les institutions des issas); 3 – Dhaqaqaal (l’économie);   4 – Dheer (les droits de la femme) ; 5 – Dhul (la propriété foncière); 6 –  Dhibleh (la victime)

Quelle communauté le Xeer-Issa va-t-il être appliqué?

Le Xeer est établi pour une communauté dont les membres partagent trois choses:

– Wada deg

Les gens qui partagent le même territoire «degmo» et vivent à l’intérieur des mêmes frontières ethniques (l’équivalent de l’état, nation) et un groupe qui a une même ascendance et qui a un ancêtre commun (idée de daadeg, descendre de…;) ce qui correspond au clan comme ceux des Issas, par exemple.

– Wada daad

C’est une communauté qui est solidaire pour affronter tous les problèmes et les résoudre.
-le second sens à une connotation religieuse (enterrer les morts). C’est donc une communauté qui partage la même religion et les mêmes valeurs morales.

– Wada duulan
une société qui organise sa défense commune (le destin individuel et collectif).
Une communauté qui partage le même projet de société (une mise en commun des compétences et des moyens pour satisfaire de tous).

3. Quels sont les objectifs du Xeer-Issa?

Sachant que les délits de toute sorte sont commis par les hommes et qu’il serait illusoire d’espérer l’éradication de ces maux, les législateurs issas ont répondu que le Xeer est un rempart contre les méfaits suivants:
– Damac (la convoitise des biens d’autrui)
– Duul (l’attaque ou agression)
– Dil (meurtre ou assassinat)
– Dhac (l’arnaque, le vol ou la razzia du butin d’autrui).

La population Issa est relativement homogène du point de vue ethnique (l’ethnie Issa), loi pastorale (Xeer-issa) et religieux (l’islam sunnite), elle est aussi caractérisée par un clanisme traditionnel, qui est un facteur central à la fois dans l’identité des individus, la vie politique, dans l’allocation des ressources, mais également dans le conflit.

Les tribus sont des sortes de familles au sens large, qui regroupent des individus unis par des liens étroits et héréditaires dont les critères de différenciation et les lignes de délimitation ne sont pas toujours clairement définis.

L’appartenance à une tribu est patrilinéaire : même si la mère appartient à une autre tribu, l’enfant appartient à la tribu du père ; un individu porte à la fois son prénom, celui de son père et celui de son grand-père. L’hérédité est ainsi centrale et explique que la tribu soit une composante primordiale de l’identité des issas. Les clans sont des structures d’entraide primordiales pour pallier aux aléas du quotidien (pénuries, mariage, décès, etc.). D’autre part, la tribu est la principale source de protection pour les individus vis-à-vis des autres tribus ou clans.

Les issas sont composés de 6 grandes tribus qui comprennent 12 clans, 24 divisions claniques, 48 sous-clans et ainsi de suite.

Les 6 tribus sont : Eeleye (Yonis Moussa- Saad Moussa – Bido Moussa – Mahoure Moussa et Mamasan) – Hole ou Fourlabeh (Amahadle et Saïb) – Hawle-qateh ou Waladon (Makahiil, Iidleh et Mahamuud) – Horone (Habarwalal et Guellewalal) – Ourweyne (Fiqi et Abdallah) – Wardiiq (Waaqtichiil et Ramwaaq)

B – L’union clanique Yonis-Moussa (Odahgobe) qui dérange

Communément, les clans sont formés selon le principe de l’héritage, le tol. Les clans sont constitués en fonction des liens de parenté entre les membres des clans. Ils peuvent être restreints ou plus larges. Les groupes restreints peuvent être intégrés dans des groupes plus larges, ayant des liens de parentés relativement évidents. Parfois, ces clans ne sont pas très grands, à cause de l’absence de liens de parenté avec les autres clans ou la faible croissance démographique au sein du clan.

Afin d’être capable de payer les dédommagements ou prix du sang, les clans doivent être relativement larges, pour ne pas être défavorisés et se faire manipuler par les groupes plus grands. Si le nombre de personnes dans un clan composé selon le principe héréditaire n’est pas suffisant pour payer le dédommagement, il faut avoir recours à des contrats avec d’autres clans pour élargir le sien. Les clans établissent alors des alliances selon le principe contractuel du Xeer-Issa : les membres de chaque groupe ont un contrat informel et oral et doivent se soutenir les uns les autres et partager le paiement du dédommagement lorsqu’un délit est commis envers un autre clan. Les familles du groupe ont donc une responsabilité collective. Pendant les périodes de crise, les membres du groupe doivent partager leurs ressources avec ceux qui subissent des pertes, ce qui limite les risques individuels et facilite la réhabilitation après les périodes de crise.

La réorganisation de l’union Yonis-Moussa (Odahgobe), qui n’est fonctionnelle que depuis 2014 après une absence de 40 ans sur la scène sociale de l’ethnie Issa, a été plutôt motivée par l’urgence sociale.

Vu que le régime en place à Djibouti utilise couramment la pauvreté forcée comme moyen de répression de masse, l’union des clans Yonis-Moussa (Odahgobe) a réussi atténuer d’une certaine manière cette forme de répression inhumaine. Elle a fortement réduire la contribution individuel des membres du clan aux frais de réparations des dédommagements au point de le ramener de 4.000 fdj (22 euros avant) à 20 fdj (soit 10 centimes euros actuellement). Et avec des collectes mensuelles de l’ordre de 100 fdj (50 centimes euros par personne percevant un revenu régulier), l’union a pu réaliser des actions sociales en finançant les besoins de premières nécessités de 1900 familles pendant le mois béni du ramadan 2015.

Le premier président de la république de Djibouti, Feu Hassan Gouled Aptidon, et l’actuel, Ismaël Omar Guelleh, étant de la tribu Mamasan,  avaient uniquement autorisé leur tribu de tenir des réunions ou rencontres claniques sur le territoire djiboutien et le Nord de la Somalie. Les onze autres tribus issas ne pouvaient tenir des séances de ces genres et les organisateurs de tels événements étaient poursuivis sur des chefs d’accusations fallacieuses fabriqués pour l’occasion et le clan qui s’oppose au projet clanique de deux précités connaissent des éliminés physiquement de leurs membres les plus influents.

D’après cette description, les clans semblent avoir une structure et des outils efficaces pour entretenir des relations pacifiques et promouvoir de procédés d’entraides sociales fonctionnelles. Nous sommes donc à même de nous demander pourquoi ce système traditionnel qui n’a pas des ambitions politiques dérange autant le régime de Guelleh ?

C– des actions préliminaires pour justifier le projet de guerre clanique

Le jeune ministre de l’éducation national et de la formation professionnelle, Djama Elmi Okieh, marié il y a environ une année à la fille du président Guelleh, a été mandaté à Ali-sabieh pour réunir 11 des 12 tribus qui composent l’ethnie Issa. Ce jeune de la tribu Saad-moussa – ethnie Issa – a voulu faire avaler aux sages des 11 tribus présents le projet diabolique de Guelleh. Il raconte aux sages que l’union Yonis-Moussa (Odahgobe) a été créé dans le point de déstabiliser le régime et pourchasser du pays leurs cousins Mamasans. Un ministre qui propage de la haine clanique en direct, on peut tout voir avec le régime de Guelleh !

La réaction des sages ne se fait pas attendre, un vieux de la tribu Wardiiq lui répond comme suit : « quand une tribu se verra agresser par une autre plus puissant, nous avons le xeer-issa pour juger la chose et définir les dommages-intérêts. Mais, toi si tu aimes vraiment ton ethnie et que tu es là parce que tu t’inquiètes pour son avenir, de la commune de Balbala à Assamo il y a la pauvreté. Aides les à sortir de la précarité, sans quoi ne nous casse pas la tête avec des discours haineux». Et un second sage, cette fois, de la tribu Hole ou Fourlaba prend à son tour la parole et met le point sur le i au jeune ministre : « écoutes, tu violes le xeer-issa en n’invitant pas l’ainé de notre ethnie, les Yonis-Moussa (Odahgobes), à cette réunion et en plus tu comptes tenir des propos fielleux à leurs égards et en leur absence. Laisses nous tranquille et dis à ceux qui t’ont envoyé que nous ne voulons pas d’affrontement clanique à Djibouti ». Le jeune ministre prend ses jambes sur son coup et rentre à Haramous exposer sa mésaventure d’Ali-sabieh à son parâtre.

Le deuxième cas est l’œuvre d’Hassan Saïd Khaireh, directeur de la sécurité nationale et le Colonel Mohamed Djama Doualeh, commandant de la garde républicaine. Ils ont monté un dossier contenant une plainte, protestation et demande de protection adressé au gouvernement djiboutien et signé par, soi-disant, les douze sages de douze tribus de l’ethnie Issa. Ce dossier est déposé au ministère de l’intérieur qui doit engager des actions de répressions policières à ciblage clanique et si possible des poursuites judiciaires devant la justice convertie en appareil d’expiation. Le plus cocasse fut les signatures apposées sur les documents contenus dans le dossier qui ne sont pas ceux des sages des tribus mais des collaborateurs connus de la police politique.

Le dossier précité accuse gratuitement l’union Yonis-Moussa (Odahgobe) parce qu’elle n’est pas du relent de Guelleh en personne et des sbires du régime.

Le régime compte impliquer le jeune Ugaas de l’ethnie Issa dans cette mascarade à la senteur de poudre noire. Une délégation a été envoyée à Dire-Dawa afin de convaincre l’Ugaas à le suivre dans son projet démoniaque.

L’union Yonis-Moussa (Odahgobe) a reçu une ultime menace de la part du régime et à travers le Ministre des Affaires Musulmanes, de la Culture et des Biens Wakfs, M. ADEN HASSAN ADEN, lui-même de la tribu Yonis-Moussa, au début du mois de juillet 2015.

D – tentative ratée d’affrontement interclanique du régime de Guelleh

Un mineur Yonis-Moussa (Odahgobe), dont sa famille réside au quartier Hayabley – secteur 5, de la commune de Balbala, s’est rendu comme d’habitude dans une boutique voisine à leur maison pour acheter de l’huile de cuisine pour sa mère. La famille propriétaire de la boutique, proche cousin de Guelleh, traite l’enfant de « BOKO-HARAM ». L’enfant leur demande la raison pour laquelle il se fait insulter. La famille Mamasan lui répond : « ton clan tient de réunion pour se montrer mais ce pays est dans notre main et nous vous chasserons comme Boko-haram si les Yonis-Moussa (Odahgobes) n’arrentent pas leurs réunions. »

Le mineur Yonis-Moussa rétorque : «  comment vous pouvez insulter ma tribu alors que vous êtes les femelles des gadaboursis à Lughaya, au Nord de la Somalie.»

L’enfant revient chez lui et informe ses parents de l’incident. Le père du jeune Yonis-Moussa et des vieux proches rendent visite aux sages de la tribu Mamasan afin de remédier l’affaire par le dialogue. Les sages Mamasans répondent qu’ils feront de leur mieux pour calmer la situation. Le lendemain matin, trois hommes majeurs de la tribu Mamasan font un guet-apens au petit Yonis-Moussa sur le chemin de l’école et ils lui infligent des blessures légères.

Une fois de plus, le père de la jeune victime et ses oncles rendent visitent aux sages Mamasans du quartier pour avoir des explications et leurs faire payer les frais nécessaire à la réparation du dommage corporel causé conformément au Xeer-Issa. Les sages Mamasans prétendent n’avoir aucun lien avec cette affaire et mettent la responsable sur les dos des voyous fictifs.

Les parents de la jeune victime ont cherché l’identité de trois agresseurs qui avaient porté la main sur le petit Yonis-Moussa et des cousins proches du jeune Odahgobe agressé physiquement leur infligent, à leur tour, les mêmes blessures.

Les sages Mamasans qui avaient rejeté la responsabilité de l’agression du mineur Odahgobe menacent de se venger.  Les sages Mamasans tiennent une réunion avec le Générale Zakaria Cheikh Ibrahim, chef d’état-major de la Défense Djiboutienne, un Mamasan comme Guelleh.

La situation reste calme pendant quelque jour mais la soirée du samedi 10 octobre 2015 vers 19h à l’heure de Djibouti une centaine d’homme Mamasans armés des barres de fer, des cailloux, des couteaux et des machettes s’en prennent à des maisons Yonis-Moussa spécialement énumérés dans une liste préparée dans les locaux de la police politique du régime de Guelleh.  Beaucoup des témoins neutres ont reconnus dans les miliciens qui ont été derrière l’attaque clanique de la nuit, des membres de la garde républicaine résidents à la commune de Balbala.

Les familles Yonis-Moussa attaqués alertent leurs proches et une riposte s’organise en moins de 10min. les milices sont pourchassées et certains se réfugient dans des maisons Mamasans à Balbala et d’autres à la caserne commandée par le général ZAKARIA Cheikh Ibrahim, caserne Sheikh Osman à Balbala.

Le matin du dimanche 11 octobre 2015 c’est l’alerte totale chez les Yonis-Moussa qui commencent à louer des bus dans toutes les régions Sud du pays mais les dirigeants de l’union Yonis-Moussa, informée entre temps, ordonne au clan de se calmer, stoppe ce mouvement et évite pour l’instant la généralisation des affrontements interclaniques de Balbala.

Les douze sages issa de l’oued d’Ambouli  connu sous le sobriquet « les douze salopards » interviennent à leur tour et recommandent au deux clans d’arrêter les hostilités le temps d’organiser une assise conformément au Xeer-Issa.

Ses affrontements ont occasionné 40 blessés, 3 maisons détruites, des dommages matériels  importants (la razzia dans des boutiques) et exodes des populations dans certains quartiers de la capitale chez les Mamasans et 9 blessés chez les Yonis-Moussa avec des dégâts matériels dans des habitations.

Des contacts qui nous ont interpellé  de Dire-Dawa, en Ethiopie, nous ont appris l’existence de 37 conteneurs bourrés des armes à feu léger et des armes blanches entreposées dans les casernes de la garde républicaine dirigée par le cousin de Guelleh, Le commandant de la Garde Républicaine(GR), le colonel Mohamed Djama Doualeh. Ces armés devraient servir en cas de prolongement des affrontements interclaniques de Balbala du mois d’octobre 2015.

Autre part, en Somaliland aussi la tension est montée d’un cran entre les Mamasans et les Yonis-Moussa (Odahgobes).

Hassan Cher

Nous publierons une série d’article sur la manière dont le massacre prémédité de Buldhuqo, le 21 décembre 2016, découle d’une rancune contre un homme qui a su se transformer, au fil du temps, à une haine contre le Yonis-Moussa/ Issa :

1 – Début des relations entre Abdourahaman Mohamed Mahamoud Boreh et Ismaël Omar Guelleh.

2 – Coup de Poker pour le pouvoir et l’argent entre Abdourahman et Ismaël

3 – Début du conflit entre Abdourahman Boreh et Ismaël Omar ainsi que la mise sur écoute des sages, intellectuels et commerçants Yonis Moussa/Issa.

4 –   Organisation de l’Union Yonis Moussa et premier échec de la tentative de massacre par le biais d’un affrontement entre Mamasan et Yonis-Moussa fabriqué par le régime.

5 – La préparation du massacre prémédité de Buldhuqo le 21 décembre 2015 à Djibouti.

6 – Les forces en uniforme utilisés le jour du massacre, le 21 décembre 2015 à Djibouti.

7 – les témoignages des victimes et autres.

8 –  évolutions de l’affaire et actualités.


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