Djibouti / Éthiopie / Somalie : Pourquoi Ismaël Omar Guelleh a créé un Ugaas Mamasan parallèle sur le territoire des Issas en Afrique de l’est ?

ugaas-de-lethnie-issa-et-celui-de-mamasanIl est évident que  toutes les lois qui ont été créé à cet effet, doit refléter une philosophie basée une mode de vie et d’existence. Les rares recherches scientifiques et sociologiques faites en Afrique de l’Est démontrent que le Xeer-Issa (les lois des issas) est l’un des plus vieux et plus complet établissant des règles dans la vie  de l’homme. Il est le régulateur des relations entre les issas et leurs liens avec les autres communautés. Il englobe à la fois les lois pénales, civiles et administratives nécessaires pour le développement d’une communauté civilisée.

Des philosophes, poètes, aventuriers, et guerriers  de l’ethnie Issa ont investi une partie de leurs connaissance, temps et ressources afin de créer le Xeer-issa (les lois des issas) qui régira la vie de cette communauté près de six siècles après. Les initiateurs de ce projet, le Xeer-issa, sont inscrits sur une page d’or dans l’histoire de cette communauté.

Le structure du Xeer-issa (les  lois des issas) que nous allons parler ci-dessous est basée sur des éléments  fondamentales.

Ils sont les suivants:

  1. Lix Kabood (Six paires de sandales des nomades – Six chapitres).
  1. Boqol iyo lixdan Dhagalay (cent soixante articles).
  1. Saddex boqol iyo lix iyo Soddon (336) Sarood (Trois cent trente-six alinéas).
  1. Afar boqol iyo Afar iyo Afartan Indhal (Quatre cent quarante-quatre jurisprudences).

Nous allons parler ici le point qui nous concerne directement dans cette affaire, les six chapitres du Xeer-issa :

A – Lix Kabood ou Six chapitres du Xeer-issa se divisent en six sous-groupes qui sont les suivants :

1 – Dhiig (prix du sang); 2- Dhaqan (les institutions des issas) ; 3 – Dhaqaqaal (l’économie);  4 – Dheer (les droits de la femme) ; 5 – Dhul (la propriété foncière); 6 –  Dhibleh (la victime)

1 – Dhiig (prix du sang).

Les quatre sections de ce sous-groupe sont :

Dhimasho (victimes d’une guerre entre clans issas) – Dhagar (assassinat)  – Jab iyo Jareexo (dommages corporels) –  Boqolkii Cune (décès sans intervention d’une tierce personne).

2 – Dhaqan (les institutions des issas).

Les quatre sections de ce sous-groupe sont :

Doorashada Ugaaska (l’élection d’un guide dit Ugaas) –  44 Gande (quarante-quatre sénateurs) – 12 ka Gudi (douze ministres) – 12 Maxkamadood (douze  tribunaux).

3 – Dhaqaqaal (l’économie).

Les deux sections de ce sous-groupe sont :

Mood (bien matériel) – Nool (bien vivant).

Les biens vivants se subdivisent en trois partis :

Sagaal halaad (neuves chamelles) – Dameer  (l’âne) – Ey (le chien).

Les neuves chamelles se partagent en trois tranches :

Saddex waa dhaban (les biens de la dot), Saddex wa Dhaxal (les biens de l’héritage), Saddexna waa Dhibaad (les biens issus d’un cadeau).

4 – Dheer (les droits de la femme).

Ce sous-groupe comprend deux grandes sections :

  1. Les biens de la femme :
  2. Dhaban wax ku hesha (biens obtenus suite à la dot) – 2. Dhaxal wax ku hesha (biens obtenus suite à un héritage).
  1. Classifications de victimes féminines :
  2. Bila Cad (nouveau-née) ; 2. Baara Cad (fille de bas âge) ; 3. Gambo Cad (veuve) ; 4. Banaanay (célibataire) ; 5. Gabadh wiilsidatay (femme portant un garçon) ; 6. Duqdii Saddex goor ka ca (sexagénaire) ; 7. Gorgor (fille majeure) ; 8. Gidir (stérile) ; 9. Golo ka bood (adolescente) ; 10 Sodoh (dont ses filles sont en âge de se marier) ; 11 Islaan xigaaleed (proche famille) ; 12. Gabadh ninkii ay u doonanayd xumeeyey (femme battue) 13. Xaynkeed wadha (dévergondé ou prostitué)

5 – Dhul (la propriété foncière).

Les deux sections de ce sous-groupe sont :

Bad (la mer) – Beri (la terre)

La terre est partagée en trois tranches :

Beer (agriculture) ; Daaq (pâturage) ; Ceel (point d’eau).

6 –  Dhibleh (la victime).

Les autres sections de ce chapitre sont :

Reerka ciise (la victime issa) ; Ahli (la victime appartenant à la confédération somalienne) Hiirimaad (tous les musulmans non-somaliens) ;  Dheeri (victime non-somalien, ni musulman et non issa).

Le chapitre qui nous intéresse dans ce petit détail sur le Xeer-issa est le numéro deux (Dhaqan) ou les institutions des issas. Comme les restes du Xeer-issa, le chapitre deux est un élément important qui ne peut être modifié ni ignoré par une partie des Issa à moins qu’une assemblée générale instituée dans les règles de la procédure prédéfinie depuis des siècles  traite des modifications à apporter au Xeer-issa ou qu’une partie ou clan décide unilatéralement de quitter le juron de l’ethnie Issa. Dans ce denier configuration, le clan qui a décidé d’ignorer les Xeer-issa doit quitter aussi le territoire de l’ethnie.

La portée historique de ce chapitre numéro  deux du Xeer-Issa.

À la fin des guerres des religions, le royaume d’Abyssinie avait besoin des corridors commercials sûrs vers la Mer-Rouge et l’une des principales traverse toujours le territoire Issa de l’Est à l’Ouest. Les corridors Zeila/Harar ou Djibouti/Dire-Dawa ont été sécurisé grâce à aux garantis des institutions Issas que sont l’Ugaas et les Gandes.

Au 19siècle, la construction du chemin de fer avait soulevé de nombreuses objections tant en Éthiopie que dans les territoires parcourus par la ligne. Les dignitaires des Issas craignaient que le chemin de fer n’accentue la colonisation européenne. Les propriétaires de caravanes de chameaux considéraient ce projet comme entrant en concurrence directe avec leurs activités. Lors que les travaux avancent, la tribu nomade Issas s’inquiète de la fin de leur contrôle du commerce caravanier. Les relations des habitants avec la compagnie et ses salariés sont tumultueuses et très violentes. En février 1899, neuf ouvriers sont tués dans une attaque du chantier. Le service de sécurité de la compagnie organise des représailles, attaque les campements, razzie les troupeaux. Les discussions s’apaiseront après qu’un des délégués français, un reer-galan, écarta les jambes et s’exclama : « Dans l’immensité de votre territoire nous ne vous demandons rien que l’espace entre mes deux pieds, comment pouvez-vous nous le refuser ?  Les chefs de tribus Issa acceptèrent mais obtinrent la gratuité du transport pour les personnes membres de leur ethnie.

Les résolutions des litiges avec les voisins.

Ces institutions issas ont joué des rôles prépondérants dans la résolution des conflits ou la consolidation de la paix avec les ethnies voisins.

La création d’une institution parallèle par Ismaël Omar Guelleh.

Le vendredi 30 septembre 2016, à Zeila, dans l’une des chefs lieu de la région Issa au Nord de la Somalie, s’est tenue l’intronisation d’un Ugaas Issa parallèle. Cette mascarade a commencé par des réunions qui s’étaient tenues sous la houlette d’Ismaël Tani, cousin germain et l’ex chef de cabinet d’Ismaël Omar Guelleh.  L’homme intronisé est de la sous-division Reer-igal/ sous-clan Hassan / clan Mamasan ou Abdirahman Eeleye. Cet événement a regroupé seulement des personnes issues du clan Mamasan et surtout des officiels comme le député  djiboutien membre du RPP Mahdi Moumin Hadi.

Or, dans le Xeer-issa il n’existe pas de sens juridique pour les dénominations et les  interpolations récentes de ‘suldaan, caaqil, amiir’ etc.

Pourquoi Guelleh a-t-il crée un Ugaas parallèle ?

Le pouvoir mafieux de Guelleh qui commence à vaciller pense trouver une certaine vitalité en s’appuyant sur son clan, le Mamasan. Pour cela il doit monopoliser ouvertement tous les pouvoirs, que ça soit traditionnel ou politique.

Ce qui a précipité l’intronisation de l’Ugaas parallèle sont deux nouveaux faits qui perturbent sérieusement la stratégie d’usurpation de pouvoir à Djibouti :

1 la tension née des six districts Issas proches de Berbera  entre ces derniers et les Issaqs a poussé les Issas de la Somalie à parler ouvertement de leur souhait qui consiste à créer leur région membre de l’autorité fédéral somalienne  et de se séparer ainsi de la Somaliland ;

2 – de plus en plus des militaires et des jeunes parlent à Djibouti de la possibilité de fonder une rébellion combattant le régime de Guelleh dans la région Nord de la Somalie.

Cependant, Ismaël Omar Guelleh a financé et crée un Ugaas parallèle qui n’est autre son cousin germain.

Les rôles de ce nouveau Ugaas parallèle.

Sur ordre de Guelleh la Somaliland devra traiter ce faux Ugaas comme le seul interlocuteur des Issas de la Somalie. Il aura aussi le rôle de délateur auprès du régime de Guelleh et de Hargeisa. Tous les Issas hostiles au pouvoir de Hargeisa et de Guelleh vivant ou circulant dans la région Zeila/Lughaya seront automatiquement relayé par le faux Ugaas et ses collabos.

Les conséquences de ce projet sur les Mamasans.

Ce projet qui est une violation flagrante des points fondamentaux du Xeer-Issa isolera le clan Mamasan et lui mettre sur le dos les autres clans Issa.

Hassan Cher

vidéo de l’intronisation de l’Ugaas paralléle :


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