Soudan: Risque d’effondrement…

drapeau soudanLe Soudan est au bord de l’effondrement, a estimé lundi une personnalité réformatrice du parti au pouvoir, suspendue pour avoir critiqué la répression meurtrière d’un mouvement de contestation contre une hausse des prix.

En dépit de sa suspension, Ghazi Salaheddine Atabani a assuré à l’AFP que les réformateurs du Parti du Congrès national (NCP) ne seraient pas découragés par les mesures disciplinaires.

Ce responsable est le principal signataire d’une lettre rédigée par 31 réformateurs en vue du NCP à l’attention du président Omar el-Béchir.

Dans leur lettre, ils accusent le gouvernement d’avoir trahi les fondements islamiques du régime, en réprimant les manifestations de fin septembre – début octobre contre la hausse des prix du carburant.

Les réformateurs ont présenté une série de recommandations, proposant notamment l’ouverture d’une enquête indépendante sur la mort de civils tués par balles au cours des manifestations. Mais à la suite de leur lettre, ce sont eux qui font l’objet d’une enquête de la part d’une commission du parti.

Interrogé par l’AFP sur sa suspension du parti par cette commission, M. Atabani, député et ancien conseiller présidentiel, a affirmé qu’il considérait ses décisions comme nulles et non avenues, du fait qu’elle n’a pas été formellement établie par le NCP.

Il est plus significatif de constater l’énorme importance que prête la direction du NCP à cette question interne mineure, alors que le pays est au bord de l’effondrement, a-t-il dit.

Des manifestations spontanées, avec des slogans comme Liberté ou A bas le régime, ont éclaté le 23 septembre après la décision du gouvernement de lever les subventions sur les carburants, un mouvement de contestation sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de M. Béchir en 1989.

La répression a fait plus 200 morts dans les rangs des manifestants, selon Amnesty International, de 60 à 70 selon les autorités.

Face aux protestations contre la levée des subventions sur les carburants, qui a fait bondir les prix de 60%, Omar el-Béchir a défendu une décision visant à éviter l’effondrement de l’économie.

Depuis deux ans, les Soudanais subissent une inflation galopante et un taux de chômage au-dessus de 30%.

La levée des subventions fait partie du programme de stabilisation de l’économie, fragilisée par la partition avec le Soudan du Sud en 2011, qui a fait perdre à Khartoum des milliards de dollars de revenus pétroliers.

Dans leur lettre au président, les réformateurs appellent à mettre fin aux mesures d’austérité, qui n’ont pas été soumises à l’approbation du Parlement, et demandent que la politique économique soit confiée à des professionnels avec l’aide de membres d’autres partis politiques.

Ils demandent en outre des indemnités pour les blessés et les morts des manifestations, l’arrêt de la censure et le respect des libertés, y compris celle de se rassembler pacifiquement.

Le Soudan figure en bas des classements des Etats en matière de corruption, de développement humain et de liberté de la presse.

Des responsables du NCP n’ont pu être joints dans l’immédiat.

Un autre réformateur du parti, Ossama Taoufiq, a également dit à l’AFP avoir été suspendu.

M. Taoufiq est à la tête des Saïhoune, un groupe d’élite d’anciens combattants jihadistes de la guerre civile (1983-2005).

Selon des analystes, ce groupe était proche de responsables militaires arrêtés fin 2012 pour tentative de coup d’Etat présumé.

Un officier supérieur à la retraite, Mohammed Ibrahim, qui figure parmi les 31 signataires de la lettre adressée à M. Béchir, a été condamné à cinq ans de prison en avril pour avoir dirigé l’opération. Il a été par la suite amnistié ainsi que d’autres impliqués dans la même affaire.

(©AFP / 21 octobre 2013 19h41)

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