Djibouti : Une CENI impartiale, la dernière chance pour IOG

voteL’accord-cadre signé le 30 décembre 2014 entre l’USN et le gouvernement de Djibouti a décidément du mal à être appliqué. Beaucoup de Djiboutiens y compris au sein du Haut Conseil de l’USN doutaient de la sincérité d’Ismail Omar Guelleh (IOG). C’est à juste titre que d’aucuns se demandaient s’il fallait encore faire confiance à quelqu’un qui a souvent trahi les accords politiques signés avec ses adversaires en particulier en 1994 et 2001 avec le FRUD. Alors que toutes les clauses de l’accord-cadre devraient être réalisées au 31 janvier 2015, nous voilà à plus de 7 mois après l’échéance alors que durant la même période nous assistons à la reprise et à l’aggravation de la répression avec l’emprisonnement administratif récurrent des militants de l’USN y compris des mineurs et de l’octogénaire Mme Mako Houssein, l’arrestation et la condamnation à de lourdes peines avec sursis à l’encontre de dizaines de citoyens qui ont eu le malheur d’accueillir la diva nationale Nima Djama à son arrivée triomphale à l’aéroport, la violation de la liberté d’expression avec le licenciement de l’université du docteur Ismail Hassan Djilal coupable d’avoir écrit un article sur l’impasse née des élections législatives de février 2013, la violation de la liberté de circulation avec la confiscation des passeports de maître Djama Amareh Meidal et du cheick Abdourhaman Bachir, l’étouffement et les mutations-sanctions à l’encontre du corps enseignant avec l’exemple de l’exil forcé en Belgique du directeur du CRIPEN Mohamed Moussa Yabeh.

Sous la pression des américains et des français IOG vient d’écrire le 28 juillet 2015 une lettre (truffée de fautes d’orthographe mais ceci est une autre histoire) demandant à l’USN et à l’UMP de reprendre les négociations prétendument suspendues durant le ramadan…..Ne s’est-il pas engagé personnellement à garantir l’application de l’accord-cadre en décembre dernier? N’est-il pas le chef du gouvernement en exercice de la République de Djibouti? L’USN lui a rappelé ce détail mais nous espérons qu’il n’est pas vain d’insister sur les principes avec IOG même si à l’occasion de toutes les élections présidentielles où il « aurait » gagné (1999, 2005, 2011) il a juré sur notre livre sacré le « Coran » alors que tout le monde à Djibouti sait comment lesdites élections ont été soi-disant remportées.

La mise en œuvre de l’accord-cadre prend un sérieux retard alors que dans le même temps l’équipe d’IOG a commencé la campagne électorale de la présidentielle d’avril 2016 en mars 2015! Tous les moyens de l’Etat sont mis en œuvre en commençant par la RTD qui n’hésite pas à recourir à la grosse ficelle de la manipulation avec la dernière interview truquée où les propos d’Ismail Guedi Hared ont été utilisés hors contexte.

Parmi les points de l’accord-cadre non appliqués nous relevons : Le rétablissement dans leur droit des fonctionnaires et salariés radiés ou suspendus, ceux ayant subis des préjudices y compris les hommes d’affaires, un code de conduite et la clarté sur les conditions d’enregistrement des partis politiques, l’accès aux médias publics de l’opposition ou la mise en place d’une CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante).

De tous ces points c’est la CENI qui fait peur à IOG. En plein travaux de la commission paritaire USN/UMP chargé de rédiger le statut de l’institution, n’a-t-il pas donné un entretien au mal nommé « Jeune Afrique » en février 2015 où il déclarait que la CENI « est un concept que nous ne connaissons pas ».

Malheureusement pour IOG, la population Djiboutienne est plus conscientisée que jamais quant aux enjeux des prochaines élections présidentielles. Le travail de tous les jours des dirigeants de l’USN durant les meetings d’explication et de sensibilisation aux quatre coins de Djibouti-ville et dans les districts de l’intérieur et le rôle des personnalités indépendantes qui ont accompagné le mouvement populaire de dénonciation des résultats truqués des législatives du 22 février 2013 y est pour beaucoup. L’engagement des deux cheicks Abdirahman Souleiman Bachir, Guirreh Meidal, du docteur Abdirahman Barkad God et de la diva nationale Nima Djama doit être souligné à plus d’un titre et risque de changer la donne en avril 2016.

L’injustice, la prédation et l’enrichissement éhonté et sans limites d’une poignée de Djiboutiens autour d’IOG – avec les deux clans rivaux qui tiennent IOG en otage : le clan de la lignée familiale mené par Saad Omar Guelleh, Djama Ali Guelleh,Tani, le général Zakaria, les enfants et les beaux-parents (Djama Elmi Okieh) d’un côté et de l’autre le clan dirigée par sa puissante femme « Odette » Kadra Mahamoud Haid avec, entre autres, son fils Naguib Abdallah Kamil et son beau-frère le défunt Djama Mahamoud Haid – ne peut plus perdurer au delà de 2015.

IOG dont l’état de santé chancelante est un secret de polichinelle doit méditer longtemps le sort de Djama Mahamoud Haid et de Robleh Olhayeh avant de prendre une décision pour la présidentielle d’avril 2016.

Il a le choix entre deux options : choisir la tactique « après moi le déluge » en espérant truquer ensuite les élections (une option qui risque de transformer Djibouti en Mogadiscio ou Kaboul) ou mettre en place une CENI vraiment indépendante et s’inscrire sur les pas de Mandela ou plus récemment de Goodluck Jonathan.

S’il choisit la première option qui consiste à passer en force il est fort probable, compte tenu de l’ampleur du mécontentement populaire que la vague humaine en provenance d’Ali-Sabieh, Dikhil, Tadjourah, Obock, Arta et de Balbala l’emporte, qu’il soit capturé « mort ou vif » puis jugé et emprisonné à la sinistre prison de Gabode où tant de ses amis politiques (Yacin Yabeh, etc.) ont séjourné sur ses ordres. Des troubles et des atteintes aux biens et aux personnes sont à craindre ce que l’USN tente d’éviter pour le moment à tout prix.

Cette option risque de tout lui faire perdre jusqu’à sa famille élargie et tout ceux qui se réclamait de lui de près ou de loin. Une chasse aux sorcières, avec sa cohorte de violence, risque de s’ensuivre. Il ne pourra pas compter sur les dirigeants de la sécurité et tortionnaires Hassan Omar Mohamed (ministre de l’intérieur), Abdillahi Abdi, Omar Jees, (police nationale) Hassan Said, (services secrets), Zakaria Hassan Aden, (gendarmerie nationale), Djama Souleiman et Maki Omar Abdoulkader (procureurs) car ils sont déjà fichés à Interpol et à la Cour Pénale Internationale suite à de multiples plaintes de la diaspora Djiboutienne et connaîtront bientôt le sort des anciens chefs de guerre de la République Démocratique du Congo actuellement détenus à la Haye (Pays-Bas). Elmi Jees, première victime, vient juste d’être déclaré (mi-août) « persona no grata » aux Etats-Unis d’Amérique.

L’histoire retiendra d’IOG comme l’homme qui a détruit Djibouti et tout ce qui a été construit depuis son indépendance le 27 juin 1977. Il rejoindra son triste oncle Youssouf Ainaché qui avait trahi les commerçants, cadres et dirigeants Issas en 1963 à Aicha’a (Ethiopie) dans le panthéon de l’opprobre et de l’infamie. Nous rappelons que son oncle Youssouf Ainaché était le principal indicateur des troupes du négus Hailé Sélassié qui réprimaient les Issas de la ville d’Aicha’a (alors commercialement très florissante), accusés de sympathies pro-Somalie. Cette répression s’est soldée par plusieurs milliers de morts et de blessés. Néanmoins par un spectaculaire retournement dont seule l’histoire a le secret, durant de la guerre d’Ogaden de 1977 les troupes somaliennes, dans les premières offensives victorieuses leur ayant permis d’occuper pendant quelques mois une partie de l’Ethiopie, réussirent à capturer Youssouf Ainaché qui fut aussitôt passé par les armes.

La seconde option, de loin la plus noble pour IOG, consiste à mettre en place une CENI vraiment impartiale qui aurait par exemple la composition suivante :

  • Cinq personnalités désignées par les partis politiques de la majorité UMP,
  • Cinq personnalités désignées par les partis politiques de l’opposition USN,
  • Un président choisi d’un commun accord par l’UMP et l’USN au sein de la société civile Djiboutienne.

Les attributions d’une telle CENI seraient les suivantes :

1°) Pendant les périodes pré-électorales, la CENI est chargée de toutes les opérations préparatoires préalables aux consultations électorales notamment :
– de réviser les listes électorales ;
– d’établir et de distribuer les cartes électorales ;
– d’élaborer le budget de fonctionnement de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et de le soumettre à l’approbation du Gouvernement ;
– de gérer les moyens financiers et matériels mis à sa disposition ;
– de réceptionner et de traiter les dossiers de candidatures aux élections présidentielles, législatives et locales ;
– de publier les listes des candidatures ;
– de remettre dans les délais les spécimens de bulletins de vote et d’affiches publicitaires aux candidats des partis politiques prenant part au scrutin en vue des campagnes électorales ;
– d’assurer l’accueil et l’accréditation des observateurs et la prise de toutes mesures pour faciliter leur mission sur le terrain lors des scrutins.

2°) Pendant les consultations électorales ou référendaires, elle est chargée :
– de la sécurité des scrutins ;
– de la coordination de l’ensemble des structures chargées des opérations électorales ;
– de l’exécution du budget électoral approuvé par le Gouvernement ;
– du transport et du transfert des résultats des scrutins en vue de leur centralisation ;

– du transport et du transfert direct des procès-verbaux des élections au Conseil constitutionnel ou à la Cour Suprême ;
– de la proclamation des résultats provisoires ;
– de la facilitation du contrôle des scrutins par la juridiction administrative et les partis politiques.

3°) Pendant les périodes post-électorales, elle est chargée de centraliser tous les documents et matériels électoraux ainsi que de leur conservation. (1)

Au cas où IOG opte pour la mise en place d’une CENI impartiale, ce serait pour lui l’occasion de se retirer de la vie politique la tête haute à Arta ou à Haramous sans la moindre crainte quant à ses biens et au milieu des siens comme un poisson dans l’eau. Au surplus sa sécurité serait garantie par Ismail Guedi Hared et Omar Elmi Khaireh, deux personnalités respectés tant sur le plan politique que sur le plan coutumier. Il entrerait, selon ce scénario, dans l’histoire de la République de Djibouti par la grande porte sur les pas de Mahamoud Harbi et Aden Robleh Awaleh.

La préférence pour ce second choix est corroboré par les résultats d’un sondage effectué auprès des principaux chefs coutumiers des différentes composantes de la nation où il ressort qu’une retraite ordonnée d’IOG de la vie politique notamment par le biais d’une CENI impartiale recueille plus de 90% d’opinions favorables.

A cet égard nous soulignons qu’Ali Aref Bourhan, le dernier représentant du pouvoir colonial français, coule des jours paisibles à Djibouti reconverti en un florissant homme d’affaires. Les Djiboutiens ne lui ont-il pas pardonné les massacres, tortures, déportations et autres atrocités qui ont jalonné son règne de petit despote tropical à Djibouti entre 1967 et 1977 sur l’autel d’une indépendance nationale que beaucoup espérait plus inclusive ?

IOG ne peut échapper à son destin et dans mois qui viennent les 900 000 Djiboutiens attendent de lui qu’il prenne la bonne et seule décision qui consiste à mettre en place à Djibouti une CENI impartiale permettant de clôturer le contentieux des élections législatives de 2013 et de préparer au mieux la présidentielle de 2016. Pour l’avenir de Djibouti, IOG est sommé de se surpasser et ne point demeurer éternellement «otage » comme ces « hommes faibles (qui) sont les chiens des hommes fermes » dénoncés jadis par Denis Diderot.

Bouh Yonis

 

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  • Extrait du code électoral du Burkina Faso de 2015.

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