Ethiopie / Egypte: A la recherche d’un compromis sur le barrage de la discorde

L’Egypte entame, le 25 août à Khartoum, des négociations sur le barrage d’Al-Nahda avec l’Ethiopie et le Soudan. Objectif : convaincre les Ethiopiens de modifier les spécificités techniques du barrage, de manière à ne pas porter atteinte à la part de l’Egypte dans les eaux du Nil.

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi doit tenir une réunion avec la délégation qui représentera l’Egypte aux négociations de Khartoum le 25 août sur le barrage de la renaissance mis en chantier sur le Nil Bleu, en Ethiopie. Selon le ministre des Ressources hydriques et de l’Irrigation, Hossam Moghazi, la délégation égyptienne « présentera de nouvelles idées pour la première fois sur la table des négociations ». L’Egypte entend expliquer, d’une manière scientifique, les menaces représentées par le barrage de la renaissance avec ses spécificités techniques actuelles, sur les pays de l’aval. Le Caire et Addis-Abeba sont en désaccord au sujet du barrage éthiopien de la renaissance, qui pourrait menacer, une fois achevé, la part de l’Egypte dans les eaux du Nil. Selon Diaa Al-Qoussi, expert en eau, l’Egypte n’admettra jamais le barrage avec ses spécificités techniques et ses dimensions actuelles: une hauteur de 150 mètres et une capacité de stockage de 74 milliards de m3. « Avec les spécificités et les dimensions actuelles, l’Ethiopie serait capable de priver complètement l’Egypte de son approvisionnement en eau pendant un, deux ou même 3 ans, ce que l’Egypte n’admettra jamais », explique Al-Qoussi.

Il ajoute que la délégation égyptienne qui participera aux négociations prévues à la fin du mois, au Soudan, doit convaincre le côté éthiopien de revenir aux dimensions et aux spécifications du projet initial qui date de 1963. « Il faut que les pays du bassin, et surtout l’Ethiopie, comprennent que le Nil pour l’Egypte n’est pas un outil de développement mais une source de vie », signale Al-Qoussi. Pour Diaa Al-Qoussi, l’Ethiopie a commis une erreur politique, diplomatique et technique assez grave en commençant la construction sans attendre les résultats du rapport du comité des experts internationaux. Ce rapport n’a jamais été rendu public. Mais dernièrement, l’Egypte y a donné une importance.

Selon l’ambassadeur Chérif Issa, responsable de l’eau du Nil au sein du ministère des Affaires étrangères et membre de la délégation égyptienne dans les négociations avec l’Ethiopie, le rapport du comité des experts internationaux a révélé que des études supplémentaires auraient dû être faites avant de commencer les travaux de construction, notamment sur ses impacts environnementaux, socioéconomiques et hydrauliques. « Les experts ont souligné que les études effectuées par les autorités éthiopiennes sont de niveau 1. Or, il fallait des études de niveau 2 qui montrent l’impact de ce barrage sur les pays de l’aval », indique Issa.

Mais, les Ethiopiens ont malgré tout commencé les travaux et ont réalisé presque 35% du projet qui accueillera bientôt deux turbines. « Jusqu’à présent, les Ethiopiens ont utilisé un autofinancement à hauteur d’un milliard de dollars à travers les impôts, chaque Ethiopien payant un mois de son salaire annuel pour le barrage, en plus de l’argent transféré par les Ethiopiens qui travaillent à l’étranger, ceux de la compagnie aérienne éthiopienne et les aides étrangères », explique Issa. La phase actuelle des travaux est la moins coûteuse; les prochaines phases le seront beaucoup plus et l’Ethiopie n’arrivera jamais à les financer seule. L’Egypte cherche à présent un compromis avec Addis-Abeba. Mais lequel? « L’Egypte ne demande pas grand-chose ! Nous voulons seulement sécuriser notre approvisionnement en eau à court, moyen et long termes. Nous respectons le droit de l’Ethiopie au développement, mais à condition que ce droit ne porte pas atteinte aux intérêts de l’Egypte dans l’eau du Nil », assure l’ambassadeur Chérif Issa. Il explique que pour l’Egypte, le but des négociations du 25 août au Soudan est d’arriver à une situation de gagnant-gagnant. « Il y a plusieurs moyens de parvenir à un compromis. Nous mettrons l’accent durant les réunions sur les spécifications du barrage, sur le volume du réservoir d’eau derrière le barrage et sur la gestion conjointe qui garantit en même temps la production d’électricité en Ethiopie et l’écoulement naturel de l’eau vers Egypte », espère Issa. Cependant, changer les propriétés techniques du barrage pour ne pas porter atteinte aux intérêts égyptiens nécessitera des fonds supplémentaires.

« Si les Ethiopiens se montrent compréhensifs et coopératifs et répondent favorablement à nos réclamations, l’Egypte fera de son mieux pour convaincre certains pays arabes amis à aider l’Ethiopie à financer son projet », conclut Chérif Issa.

Dalia Abdel-Salam

Al-ahram


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