Erythrée: Maigre développement et répression d’acier

carte ErythréeIls n’ont occupé le ministère qu’une seule journée, avant de se rendre et d’être arrêtés, et n’ont pu prononcer que deux phrases sur les ondes publiques avant que le signal ne soit coupé. Mais jamais l’autorité du président Issaias Afeworki, seul maître du pays depuis son indépendance en 1993 et jamais élu, n’avait été autant mise à mal.

Aujourd’hui, suivant strictement la ligne du gouvernement, Asemelash Abraha, responsable de la Télévision du ministère de l’Information, minimise l’événement, ramené à un simple « battage médiatique ». « Il ne s’est rien passé », assure-t-il depuis son bureau du ministère de l’Information, datant de la colonisation italienne et qui surplombe la capitale Asmara.

Plusieurs sources affirment que c’est M. Asemelash lui-même qui fut forcé de lire les revendications des soldats : mise en place de la Constitution pluraliste de 1997, jamais entrée en vigueur, et libération des prisonniers politiques. Mais l’intéressé dément aujourd’hui formellement. Selon lui, rien n’a été diffusé. Les mutins, toujours en prison sauf l’un qui s’est suicidé sont « des éléments malavisés » qui ont « tenté d’exprimer (…) leurs opinions personnelles », explique-t-il.

Le pire pays au monde pour la liberté de la presse
La rhétorique du gouvernement, qui élude systématiquement tout problème, contraste fortement avec les informations diffusées par l’opposition en exil ou les défenseurs des droits de l’Homme. Ceux-ci dénoncent la torture et l’incarcération de toute voix critique et le gigantesque effort déployé pour faire de l’Érythrée l’un des pays les plus militarisés au monde, au détriment du développement.

Dans les cafés d’Asmara, les nombreux Érythréens qui sirotent tranquillement cappucino et macchiato, héritages du colon italien, refusent de s’exprimer. « Les gens ont peur, ils ne veulent rien dire », glisse le propriétaire d’un magasin. « On ne peux pas parler, pas écrire, on ne peut rien faire, il n’y a aucune liberté », renchérit un chauffeur sans donner son nom, « nous sommes un œuf, c’est fermé. » L’Érythrée n’a jamais tenu d’élections nationales. Tous les médias indépendants ont été fermés en 2001 et le pays est considéré comme le pire au monde pour la liberté de la presse par Reporters sans frontières.

Des progrès en termes de santé publique
Le gouvernement estime que si menace il y a, elle ne peut venir que de l’étranger. Et affirme qu’à domicile, les efforts sont tous tournés vers le développement de la Nation.

Parmi les signes de développement, des routes pavées desservent la capitale, de petits villages de maisons de chaume sont reliés à l’électricité. La communauté internationale a dû, à contre cœur, reconnaître les progrès de l’Érythrée en matière de santé publique. Le taux de mortalité infantile, notamment, a baissé. L’Érythrée est même considérée comme l’un des quatre pays africains en bonne voie pour atteindre l’un des objectifs du millénaire de l’ONU : réduire de 75% d’ici à 2015 la mortalité en couches.

Le taux d’alphabétisation est de près de 90%, le plus élevé de la région. Depuis 1995, l’espérance de vie est passé de 52 ans et demi à 62 ans, selon l’index de développement humain des Nations unies.

Un revenu annuel par habitant de 430 dollars
Mais dans bien d’autres secteurs, le pays est à la traîne. Ultra-réticent aux investissements étrangers — à part dans le secteur minier –, il se classe parmi les plus pauvres de la planète, avec un revenu annuel par habitant de 430 dollars (Banque mondiale). Les coupures d’eau et d’électricité sont quotidiennes, le pain et l’essence sont rationnés.

Mais le gouvernement dit travailler dur pour améliorer le bien-être de ses six millions d’habitants. « Chaque enfant devrait avoir la chance d’aller à l’école, d’apprendre, (d’avoir accès) aux soins de santé, à l’eau, » énumère Hagos Gebrehiwet, chargé des questions économiques au Parti unique.

En public, les jeunes louent la politique d’éducation du gouvernement qui force chaque lycéen à passer sa dernière année scolaire dans un camp militaire, avant d’enchaîner des années de dur service national à durée indéterminée.

L’Éthiopie occupe encore une portion de territoire attribuée par l’ONU à l’Érythrée, après un nouveau conflit entre les deux pays entre 1998 et 2000 et l’Érythrée considère le grand voisin comme une menace permanente. « Si nous sommes menacés, nous devons défendre le pays, » glisse M. Asmelash.

  • AFP

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