Afrique de l’Est : La lueur de paix inquiétante de la Corne de l’Afrique.

La paix entre l’Érythrée et l’Éthiopie.

Le mardi 5 juin 2018, le nouveau premier ministre de l’Éthiopie, Abiy Ahmed Ali,  fait un premier pas vers la paix avec l’Erythrée. Abiy a annoncé  sa volonté de mettre en œuvre l’accord de paix d’Alger signé en 2000 avec Asmara et de respecter le tracé de la frontière proposé par une commission indépendante en 2002. Le président érythréen Isaias Afwerki répond positivement à la main tendue de son voisin et annonce le 20 juin 2018 l’envoi d’une délégation à Addis-Abeba pour engager un dialogue constructif avec l’Éthiopie. Le dimanche 8 juillet 2018 le Premier ministre éthiopien se déplace à Asmara, la capitale de l’Érythrée, à la tête d’une importante délégation. Le président érythréen Isaias Afwerki arrive le samedi 14 juillet 2018 pour une visite historique de trois jours en Ethiopie. Reçu par le premier ministre éthiopien Abiy Ahmaed, il a promis de poursuivre le rapprochement entrepris avec l’Éthiopie après 20 ans d’état de guerre.

Cet espoir de paix entre les deux ennemis voisins suscite une certaine joie dans la Corne, en Afrique auprès des instances onusiennes.

L’inquiétude de l’axe du mal (Ismaël Omar Guelleh, du TPLF ou tigrées et d’Abdi Iley).

La paix entre Addis-Abeba et Asmara n’est pas du goût de tout le monde, l’axe du mal (Ismaël Omar Guelleh, du TPLF ou tigrées et d’Abdi Iley) y ait réagit négativement par une tentative d’assassinat raté contre Abiy Ahmed le 23 juin 2018, les déclenchements des conflits entre Oromo et Somali, la demande du maintien des sanctions contre l’Érythrée par Guelleh, le dénigrement d’Abiy Ahmed auprès de chancellerie et des instances internationaux, etc.

L’Emirats Arabes Unis et sa parade dans la géopolitique de la Corne d’Afrique.

Depuis que Djibouti s’est engagé à poursuivre DP World, une société holding appartenant aux Émirats arabes unis (EAU), devant la London Court of International Arbitration, l’accusant d’avoir versé des pots-de-vin pour l’obtention d’une concession de 50 ans du terminal portuaire djiboutien – le Doraleh Container Terminal (DCT). Malgré les accusations de Guelleh la Cour internationale d’arbitrage de Londres (LCIA) a exonéré la société de toutes les poursuites le 21 février 2017. Ce jugement qui devrait mettre fin à une histoire qui empoisonne depuis près de dix ans la relation entre Djibouti et les EAU prend une nouvelle tournure d’une ampleur régionale.

En 2016, DP World a remporté une concession de 30 ans avec une extension automatique de 10 ans pour la gestion et le développement d’un projet portuaire polyvalent à Berbera, en Somaliland. Le port de Berbera ouvre un nouveau point d’accès à la mer Rouge et viendra compléter le port existant de DP World à Djibouti dans la Corne de l’Afrique. DP World mettra en place une coentreprise avec 65% de contrôle avec le gouvernement du Somaliland pour gérer et investir dans le port de Berbera. L’investissement jusqu’à concurrence de 442 millions de dollars comprendra une première phase d’un quai de 400 mètres et une extension de 250 000 mètres carrés, ainsi que des portiques et des reach stackers pour manipuler des conteneurs et des marchandises. La construction de l’extension de quai devrait commencer 12 mois après la satisfaction des termes et conditions de l’accord et prendra 24 mois à compléter.

Cette décision de DP World met en colère Guelleh.

Le jeudi 22 février 2018, en application de la loi du 8 novembre 2017 portant sur les contrats d’infrastructures stratégiques, le gouvernement de la République de Djibouti a décidé de procéder à la résiliation unilatérale avec effet immédiat du contrat de concession attribué à DP World sur le site portuaire de Doraleh Container Terminal (DCT). La loi du 8 novembre 2017 a pour objectif de protéger, dans le cadre des contrats d’infrastructures stratégiques, les intérêts supérieurs de la nation, en particulier ceux ayant trait à la souveraineté de l’État et à l’indépendance économique du pays. Le même jour, les cadres émiratis de Dorale Port sont expulsés manu-militari de Djibouti.

Les émirats Arabes Unis, ripostent vigoureusement contre la décision d’expropriation de Guelleh et menacent ce dernier d’isolement politique et des pressions juridiques et économiques.

Guelleh utilise à son tour ses pions dans la politique somalienne et la corruption, il arrive à bloquer l’investissement du port de Berbera.

Le litige entre DP World et Djibouti finit, en février 2018, à nouveau devant la Cour Internationale d’Arbitrage de Londres.

Dubaï fait tout pour isoler d’Ismaël Omar Guelleh  au niveau régional.

De l’autre, en échange des promesses de soutien colossal des fonds, les émirats arabes unis, arrive à convaincre Abiy Ahmed d’intervenir auprès de la Somalie pour la gestion des quatre ports et l’utilisation par l’Éthiopie des ports érythréens d’Assab et de Massawa.

Le 24 juillet 2018, Isaias Afwerki et Abiy Ahmed sont accueillis au palais présidentiel par le cheikh Mohammed bin Zayed, prince héritier d’Abu Dhabi et commandant suprême adjoint des forces armées. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le président érythréen Isaias Afwerki ont été honorés de l’Ordre de Zayed lors de la réunion du mardi 24 juillet 2018.

Le 28 juillet 2018, Isaias Afwerki, président de l’Érythrée invite son homologue somalien, Mohamed Abdullahi Farmajo pour visite de 3 jours à Asmara. Au cours de cette visite le président érythréen abordera avec Farmaajo les points : 1 – Le soutien de la Somalie et de l’IGAD pour la levée des sanctions contre l’Érythrée, 2 – le rapprochement de Dubaï et de Mogadiscio, 3 – la montée en force de certains extrémistes amharas qui menacent l’Érythrée et indirectement la Somalie, 4 – des projets malsain de l’axe du mal, 5 – des accords économiques et militaires entre Mogadiscio et Asmara.

La riposte de l’axe du mal et la réaction des autres acteurs de la région.

La région Tigrée :

Le samedi 28 juillet 2018, des dizaines de milliers de résidents de Mekele, siège régional de Tigrée, se sont rendus au stade de la ville. Les vidéos du rassemblement montrent des manifestants portant le drapeau de l’État régional somalien, le drapeau du gouvernement éthiopien, le drapeau du TPLF et le drapeau du gouvernement érythréen.
Les manifestants ont appelé au «respect de la constitution». On s’est plaint qu’un drapeau non reconnu par la constitution ait été utilisé lors d’un rassemblement pro-Abiyi à Bahir Dar, région Amhara, et ailleurs dans le pays.

« Les habitants du Tigrée et du TPLF se sont battus ensemble avec l’Erythrée sur les mêmes fronts de bataille contre l’ennemi commun, le DERG. Les habitants du Tigrée sont prêts à rencontrer les frères de l’Erythrée », a déclaré Debretsion Gebremichael, vice-président de l’Etat régional de la Tigrée, dans son discours à la foule au stade Mekele. Il a également souligné l’importance de créer un forum pour les peuples de la Tigrée et de l’Afar afin de rencontrer les érythréens. Debretsion, coiffé d’un chapeau avec un portrait de feu Meles Zenawi, a ajouté : « soit nous vivons ensemble dans le respect ou dans le démantèlement de l’Éthiopie ». Il aurait été acclamé par la foule. La source, la presse érythréenne, a compris que le discours de Debretsion était la réintroduction du programme de la sécession; « Le TPLF a réintroduit le manifeste d’indépendance de 1976 de la Tigrée ».

La région Somalie :

Abdi Iley, président contesté de la région Somali met la pression sur Dire-Dawa pour empêcher la tenue d’une conférence, le 2/8/2018, qui regroupera les ethnies somalis de l’Éthiopie. Dans cette conférence les somalis de l’Éthiopie comptent prendre en main le destin de leur région et espèrent émettre des recommandations fermes à l’égard de l’état fédéral et d’Abdi Iley. Les massacres organisés des forces oromo contre des civils somalis a facilité le rapprochement de cette dernière.

Djibouti :

Ismaël Omar Guelleh intimide de reconnaitre l’indépendance  la Somaliland comme moyen de pression contre le président de la Somalie, Farmaajo, si ce dernier accepte des contribuer à la levée des sanctions contre l’Érythrée. La sécession de la région de Tigrée et Afar de l’Éthiopie pour affaiblir nous dit-on Abiy Ahmed.

Ceux-ci sont les frénésies de trafic notoire de l’Afrique de l’Est qui pense à l’avenir de ses trafics plus que le lendemain de Djibouti.

ONLF :

A la publication du discours d’avertissement de sécession de Debretsion Gebremichael, vice-président de l’Etat régional du Tigrée, l’ONLF a tenu une réunion l’après-midi du 28 juillet 2018 à Nairobi. Il était question à cette réunion de la position de l’ONLF en cas de déclaration d’indépendance des régions Afar et Tigrée. Sans oubli qu’une constitution d’un futur état fédéral de Somali de L’ouest, la région Somalie de l’Éthiopie, est en préparation.

En conclusion

La métamorphose politique, économique et sociale de la région n’est qu’à ses débuts et l’équipe de Guelleh cantonné à leurs trafics et dépassé par l’évolution express de la situation géopolitique de la région se limite à des chantages et des actions enfantines.

Lien : http://www.hch24.com/actualites/03/2014/ethiopie-pourquoi-est-ce-que-seules-les-elites-amharas-denoncent-le-federalisme-ethnique-ethiopien/

Hassan Cher


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