Djibouti : IOG enterre l’accord-cadre, l’USN appelle à une mobilisation générale

USN - 21_2_2014 - Meeting de célébration - 04Les élections législatives du 22 février 2013 resteront comme un tournant majeur dans l’histoire de la République de Djibouti. En effet depuis l’indépendance acquise le 27 juin 1977, c’est la troisième date à retenir après l’année 1992 qui a vu naître le multipartisme à Djibouti. Entre 1992 et 2013, les élections ont systématiquement été truquées à tel point que pendant 10 ans, entre 2003 et 2013, l’ensemble de l’opposition, face à l’ampleur du bourrage des urnes et à son organisation quasi-militaire, boycotta toutes les élections qu’elles soient législatives ou présidentielles. On a même assisté à un épisode ubuesque ou le candidat payé par Ismail Omar Guelleh (IOG) pour servir d’alibi et ainsi présenter le visage d’une élection présidentielle pluraliste à l’étranger, s’est enfui avec le butin sans laisser d’adresse en 2005.

IOG qui a succédé en 1999 à son oncle malade à la suite d’une campagne de diffamation digne de la Gestapo (enregistrements téléphoniques, retournement de collaborateurs, pièges, tirs à balles réelles, etc.) pour écarter ses rivaux plus expérimentés et plus talentueux (Ismail Guedi Hared, Aden Robleh Awaleh, Moumin Bahdon Farah, etc.) n’a pas hésité à modifier la constitution du pays en 2011 afin de rester éternellement au pouvoir.

A la suite des « bons offices » de la France et des Etats-Unis, la coalition de l’opposition USN qui regroupe les partis suivants : ARD, CDU, Model, MRD, PDD, RADDE et UDJ a accepté de participer aux élections législatives du 22 février 2013. A l’heure des smartphones et des Ipads, il était très difficile à l’équipe d’IOG de mettre en place les fraudes massives à l’ancienne. La majorité des représentants des partis politiques de la coalition de l’USN disposaient des résultats sortis des urnes, bureau par bureau. Face à la débâcle prévisible, le décompte des voix a subitement été arrêté vers minuit et le lendemain vers 5 h du matin le ministre de l’intérieur annonça la « victoire » de l’UMP, le parti présidentiel, qui aurait miraculeusement obtenu 80% des voix.

La plus grave crise électorale du jeune pays s’en est suivie avec des manifestations monstres dans les cinq districts de l’intérieur à Tadjourah, Ali-Sabieh, Obock, Arta, Dikhil et Djibouti suivi d’une sévère répression (arrestations arbitraires, licenciements, décès dans les prisons, etc.). Le 30 décembre 2014, un accord-cadre est finalement signé entre l’UMP, minoritaire et illégalement au pouvoir, et l’USN la coalition qui a remportée les élections législatives de 2013 mais rejetée dans l’opposition avec soi-disant 20% des voix. Cet accord prévoyait notamment la mise en place d’une CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) impartiale et un statut de l’opposition lui permettant notamment d’accéder aux médias nationaux dans un délai d’un mois à la conclusion dudit accord.

Malgré le délai d’un mois imparti, l’USN a été magnanime dans un désir ardent de préserver la paix civile et a accepté de prolonger les négociations jusqu’à la fin du mois de mai 2015, mais IOG, craignant de perdre devant n’importe quel candidat de l’opposition aux présidentielles d’avril 2016, est resté inflexible sur la mise sur pied d’une CENI impartiale à Djibouti.

A partir du 14 juin 2014, la coalition de l’opposition USN appelle à une mobilisation générale tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays pour faire connaître au monde que l’injustice, le pillage, la corruption le despotisme et, in fine, la pauvreté incarnée par l’actuel président IOG n’est plus soutenable à Djibouti.

En particulier, l’USN appelle les différentes composantes de la population Djiboutienne (jeunes, étudiants, travailleurs, chômeurs, retraités, etc.) à unir leurs efforts sous les deux mots d’ordre suivants : « pas de CENI, pas d’élection » et « Non au 4ème mandat » comme l’ont souligné plusieurs dirigeants de l’USN et les leaders de la société civile comme Cheick Abdourahman Souleiman Bachir ou notre diva nationale Nima Djama.

Comme tous les dictateurs qui l’ont précédé particulièrement en Afrique, en Asie et en Amérique latine, à l’instar de Bokassa, du Shah d’Iran, de Nicolas Ceausescu ou de Mobutu, IOG souhaite mourir au pouvoir ou être brutalement écarté. Il affectionne de la technique de la traitrise qui consiste à signer des accords avec les adversaires politiques pour ensuite ne pas les appliquer. Ceci à été le cas en 1994 et en 2001 avec le FRUD et le 30 décembre 2014 avec l’USN. Il oublie que l’opposition tient plus que lui à la paix civile et à la préservation des institutions du pays.

Ceux qui ont côtoyé IOG reconnaîtront ce diagnostic précis posé par le médecin et homme politique tunisien Moncef Marzouki qui sied comme un gant au dictateur de Djibouti : « J’ai toujours pensé que la dictature est au fond un désordre mental. On y trouve des symptômes qui ne trompent pas un clinicien : l’inflation du moi, la mégalomanie, le complexe de supériorité qui n’est que l’autre facette du complexe d’infériorité, la croyance magique en sa propre infaillibilité sans parler de toutes les formes que prend la paranoïa. La recherche désespérée de l’approbation, de l’amour, de l’admiration, de l’adoration est poussée trop loin pour ne pas traduire de secrètes fragilités. Il y a tellement d’infantilisme et d’immaturité dans cette quête infinie de la toute-puissance, dans ce désir insensé de ployer toutes les volontés à la sienne. »

IOG, le modeste indicateur de la police à l’époque coloniale a eu le temps de se métamorphoser en un dictateur tropical à l’ombre de son oncle Hassan Gouled qui lui avait confié les clés de la sécurité de la République de Djibouti entre 1977 et 1999.

Alors que les américains, les français, les chinois et plusieurs pays de l’union européenne ont stationné leurs forces militaires à Djibouti pour une raison ou une autre et paient chacun plusieurs dizaines de millions d’euros, le peuple djiboutien est réduit à boire de l’eau impropre à la consommation et ce, depuis plus de 25 ans. Il n’y qu’à voir le nombre toujours croissant de Djiboutiens alités dans les hôpitaux en France et dans les pays du Benelux où ils sont soignés pour dialyse.

Si on se tourne vers l’électricité, après des décennies de délestages quotidiens, une interconnexion des réseaux djiboutien et éthiopien été établie il a quelques années. Malheureusement les délestages continuent de plus belle dans une institution (l’EDD) dirigée depuis 1982 par son intouchable cousin Djama Ali Guelleh.

De fait le népotisme est une autre caractéristique d’IOG. Sa fille Haibado, fraîchement débarquée de l’université et ne possédant aucune expérience est aussitôt nommée conseillère économique de son président de père aux côtés de sa nièce Fathia Djama qui y exerce déjà comme conseillère diplomatique. Le frère d’IOG, Saad Omar Guelleh, qui n’a aucun diplôme et encore moins un diplôme de management, a longtemps été directeur du Port de Djibouti. Mis à la retraite, il a aussitôt été recruté avec un contrat de droit privé et règne toujours sur le port en qualité de directeur général du port de Djibouti (SA). Plusieurs de ses frères et cousins sont actifs et s’enrichissent chaque jour comme transitaires toujours au Port de Djibouti, une des vaches à lait du régime, et récemment IOG a même promulgué une loi en leur faveur (LOI n°1402/1403). Celle-ci écarte les transitaires traditionnels coupables de ne pas plaire au régime.

Enfin il y a l’affaire « Ivoiry Jet Services ». Il s’agit d’une compagnie de jet privé créée spécialement en 2015 pour le mari Ivoirien de la fille d’IOG Fatouma-Awo. Cette compagnie détient l’exclusivité des voyages officiels d’IOG et facture des sommes folles au trésor public de Djibouti. A Djibouti le pillage, la gabegie, la corruption et l’injustice sont érigés comme système de gouvernement alors que 80% de la population n’a pas accès à l’eau potable, 50% à l’électricité et que le chômage culmine à 60% en citant les statistiques publiées par le régime.

Les rares hommes d’affaires qui ont tenté d’améliorer l’économie locale sont pourchassés. C’est le cas d’Abdourahman Boreh pourtant initiateur des relations commerciales entre Djibouti et les pays du Golfe et notamment avec Dubai -qui a investi massivement dans le Port de Djibouti- qui est injustement poursuivi devant les tribunaux anglais depuis plus de 4 ans. Formé à l’école coloniale en matière de coup tordu, IOG n’a pas hésité à fabriquer un faux pour accuser M. Boreh rien moins que de « terrorisme ». Le pot aux roses fut découvert par le juge londonien Julian Martin Flaux qui a condamné en mars 2015 l’Etat Djiboutien à payer 200 millions de FD de dommages et intérêts. Autant d’argent qui manquera à la santé et à l’éducation à Djibouti.

Le 3 juin 2015, le professeur d’informatique à l’université de Djibouti Dr Ismail Hassan Djilal est révoqué de ses fonctions par un décret présidentiel d’IOG pour « faute grave ». En fait de « faute grave », on reproche au Dr Ismail d’avoir écrit un article sur la situation politique et économique que traverse le pays après les élections législatives volées de février 2013. Rien de plus normal que l’exercice de la liberté d’expression dans n’importe quel autre pays, mais sous IOG exprimer son point de vue est assimilé à un crime de lèse majesté alors qu’à la même semaine le général Zakaria, son cousin à la tête des forces armées, parade en appelant à un 4ème mandat pour IOG. Le sage Omar Elmi Khaireh, président du parti CDU, s’est chargé de lui rappeler que nous sommes en République et que l’armée et la police sont au service du peuple et non d’un homme.

Au demeurant ce énième et injuste décret d’IOG peut être contesté devant la chambre administrative de la cour suprême de Djibouti. La jurisprudence du Conseil d’Etat français qui vient d’annuler le 11 janvier 2011 le décret de radiation de M. Jean-Hugues Mattely « pour manquement à son obligation de réserve » après qu’il ait critiqué le rapprochement police/gendarmerie en France en est un parfait exemple.

Malheureusement sous IOG, la justice est déshonorée et des juges militaires obséquieux ont même été versés dans le corps de la magistrature. On ose espérer qu’un ou deux juges Djiboutiens démentiront la célèbre diatribe de Voltaire sur les juges qualifiés d’« aussi féroces que des tigres, aussi stupides que des bœufs ».

Alors que par un autre décret entaché d’irrégularités, IOG a « déchu » de sa nationalité l’intellectuel Mohamed Daher Robleh, coupable d’être un militant actif de l’USN et aujourd’hui en exil en Turquie, les chanteurs Somalilandais préférés de Kadra Haid- la femme d’IOG qualifié de vice-présidente de Djibouti par la Lettre de l’Océan Indien- se promènent à l’étranger avec des passeports Djiboutiens. Mohamed Said BK et Yurub Geenyo ont été même pris en flagrant délit par des internautes et leurs photos avec les passeports Djiboutiens dans les bras circulent sur Twitter.

Dès que des enquêtes compromettantes sur les détournements de fonds concernant des protégés du régime sont déclenchées par les fonctionnaires honnêtes, les services secrets d’IOG n’hésitent pas à mettre le feu aux institutions publiques concernées. Dans les années 80, le trésor public a connu de mystérieux incendies, mais le plus spectaculaire concerne l’incendie de la Cour des Comptes de Djibouti le 23 novembre 2008 qui a réduit l’institution en cendres. Le but était de faire disparaître des transactions off-shore chiffrées à plusieurs milliards de francs Djibouti à la Banque Nationale de Djibouti en vue de les soustraire aux investigations du FMI.

L’USN appelle à dénoncer les détournements des deniers publics, à unir les efforts des uns et des autres afin de faire échec à la spoliation de la volonté populaire à l’occasion des prochaines élections présidentielles de 2016. Elle demande à ce que les forces vives de la nation Djiboutienne soutiennent les dirigeants de l’USN et les leaders de la société civile emmenés par les cheicks Abdourahman Souleiman Bachir, Guirreh Meidal, le Docteur Abdourahman Barkad God -tous les trois injustement emprisonnés pendant 18 mois dans la sinistre prison de Gabode- et la diva nationale Nima Djama de retour au pays après 5 ans d’exil.

En particulier les hauts fonctionnaires et les intellectuels se doivent d’alerter la population et de jouer le rôle d’avant-garde durant les prochains mois difficiles que va traverser le pays. Nul n’est obligé de publier un article ou révéler un cas de détournement de deniers publics à visage découvert, l’essentiel étant de porter à l’attention de la communauté internationale -sous une forme ou sous une autre- l’enrichissement d’une poignée d’individus sur le dos du peuple djiboutien qui manque cruellement de soins de santé, d’eau courante et d’éducation et qui pointe à la 164ème place à l’indice du développement humain du PNUD.

 

Bouh Yonis

Membre actif de l’USN


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