Ethiopie : Un nouveau départ forcé pour les réfugiés climatiques des régions Afars de l’Ethiopie

AFARTrès attachée à sa région natale et habituée depuis toujours à l’âpreté de ses conditions de vie, Amina Aliyu ne se considère probablement pas comme une « réfugiée climatique » potentielle. Pourtant, il est fort probable que la région devienne inhabitable dans dix ou quinze ans. Ses habitants n’auront alors d’autre choix que de migrer vers une autre région ou même un autre pays.

Vivre dans l’endroit le plus hostile de la planète

Amina est originaire du village de Sebana-Demale, à seulement 60 km de la dépression de Danakil, dans le nord-est de l’Éthiopie. Il s’agit de l’un des endroits les plus chauds et à plus faible altitude de la planète, avec des températures d’au moins 40 degrés Celsius tout au long de l’année.

Le village d’Amina se trouve dans une région volcanique décrite comme l’une des plus hostiles d’Afrique, qui évoque souvent un paysage lunaire. Les habitants, issus de l’ethnie Afar, descendent d’une longue lignée d’éleveurs nomades. Ils s’essayent depuis quelques années à l’agriculture aux abords du Demale, le petit cours d’eau qui traverse le village. Mais les familles n’ont pas toutes accès à des pompes motorisées permettant d’extraire l’eau de la rivière lorsque le niveau est bas.

Amina n’a ni animaux d’élevage, ni les moyens de faire pousser des cultures. Elle dépend de l’aide alimentaire et sait qu’il sera difficile de s’en passer.

Difficile de partir et difficile de rester

Amina constate de ses propres yeux le changement climatique. Les précipitations, déjà rares, sont de plus en plus réduites. Mais Amina assure qu’elle ne quittera pas sa région natale pour un environnement moins hostile. À la question de savoir si elle pourrait partir un jour, elle s’en défend avec vigueur : « Mais non ! Les membres de ma famille sont enterrés ici depuis des générations, je ne peux pas les abandonner. C’est ma seule patrie ».

Pourtant, si les conditions de vie se détériorent davantage, Amina se trouvera face à un dilemme. Choisir de rester dans l’espoir de trouver de nouveaux moyens de produire des revenus ou recevoir plus d’aide extérieure, ou alors se réinstaller dans une autre partie de la région ou encore plus loin, au risque de perdre ses précieux liens culturels ancestraux.

Déplacement et planification

Les situations semblables à celle d’Amina présentent un intérêt évident pour l’Initiative Nansen, une entité créée par la Suisse et la Norvège en octobre 2012, dont l’objectif est d’établir un programme de protection, afin de répondre aux besoins des personnes déplacées sur le continent à cause des risques associés au changement climatique.

Changement climatique et migration

L’Initiative Nansen part du principe que le changement climatique et la migration doivent être traités en corrélation. De nombreuses populations vont connaître des catastrophes soudaines ou à évolution lente, à cause du changement climatique.

L’Initiative Nansen soutient que les mécanismes de planification actuels en matière de changement climatique, nationaux comme internationaux, sont insuffisants. Face aux événements climatiques extrêmes, l’entité préconise une alerte précoce plus efficace ; une meilleure gestion de l’eau, ainsi que des efforts soutenus pour réduire la pression exercée sur les environnements fragiles. L’Initiative Nansen insiste sur la nécessité de protéger les populations touchées.

Le rapport de stratégie, rédigé en partenariat avec l’Université des Nations Unies, s’intitule « Integrating Human Mobility Issues Within National Adaptation Plans » (Intégrer les questions de la mobilité et du déplacement humains dans les plans d’action nationaux d’adaptation). Il ressort de ce document la nécessité d’intégrer l’idée de mobilité, afin de s’y préparer et ne pas attendre que les populations fuient.

irin news


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