Djibouti : Pourquoi Ismaël Omar Guelleh voulait-il assassiner l’Ugaas Hassan Hersi de la tribu Issa ?

Ugaas Hassan Hirsi - Xasan XirsiLa succession d’IOG à son oncle, Hassan Gouled Aptidon, premier président de Djibouti, n’est pas un projet qui est sorti des méandres vers 1998 mais c’est une affaire préparé depuis longtemps que divers évènements sociaux politiques de la région ont représenté un obstacle à balayer, parfois, par la manière forte.

Avec la fin d’un régime sanguinaire, les langues se délient dans l’entourage d’Ismaël Omar Guelleh et beaucoup d’interrogation trouvent leurs réponses peu à peu.

Nous connaissons le cas du commissaire Qaraf ou Karaf, deuxième personnalité du service de documentation et de la sécurité, le SDS, le service des secrets djiboutiens, égorgé l’été de 1992 près de cimetière d’Ambouli. La suspicion a toujours portée sur IOG et Feu Hassan Gouled pour tous les assassinats politiques mais des membres du cercle d’IOG nous ont glissé quelques infos, à travers une connaissance, la raison principale qui a motivé l’exécution de commissaire Qaraf.

Eliminations chez les afars

Pour assurer un pouvoir familiale et perpétuelle, les premiers obstacles à éliminer et à soumettre fut le peuple afar et les politiciens et les intellectuels issues de cette communauté. Par-ci et par-là on invente des menaces afars à combattre et sur ces motifs des massacres ciblés sont menés dans le Nord du pays. Quant aux politiciens et intellectuels, ils sont poussés hors du pays par la torture, les menaces d’assassinat, les harcèlements policiers et judiciaires. Ceux qui se soumettent sont promis à l’opulence matérielle.

Feu Ahmed Dini, Kadamy, Ali Coubba et beaucoup d’autres sont les premiers à avoir payé le prix fort pour leurs opinions.

La fragmentation du pouvoir des guides spirituels de la communauté Afar a facilité aussi au régime de trouver toujours des failles assez larges à exploiter.

La communauté Issa, le facteur essentiel dans…

Quant à la communauté Issa, elle évolue sous un structure centralisé régit par le Xeer Issa (lois pastorales) qui comprend l’Ugaas (guide spirituel élu au suffrage indirecte) le Gande (le sénat clanique) et le Guddi (les juges des 12 tribunaux).

Cette structure presque millénaire ne facilite pas la tâche et demande plus d’énergie, du temps et des moyens pour y venir à bout.

Le pilier central de cette structure est le Gande mais des évènements sociaux politiques régionaux ont changé la donne avec la reine de Feu Ugaas Hassan Hersi.

La guerre somalo-ethiopienne qui fut un leurre pour les peuples somaliens de la région, les issas se sont désolidarisés du projet de Siad Barre comme d’autres tribus somaliennes qui ont compris tardivement l’objectif du régime de Siad contraire aux intérêts des peuples somaliens. Une aubaine pour l’Ethiopie qui aide économiquement et militairement l’Ugaas Hassan Hersi pour qu’il devient un acteur essentiel dans le territoire Issa et prime ainsi en douce sur toutes les autres instances. Il pourra assurer la stabilité et la sécurité sur l’axe économique Djibouti à Addis-Abeba. Un élément qui élève sa position sur la scène politique éthiopienne.

Le deuxième galon est acquis le 25 Octobre 1989, sur demande d’aide des 8 sultans des 8 clans Issak, quand l’Ugaas ordonne aux Issas de mobiliser l’économique et les forces militaires nécessaires pour casser l’armée de Siad Barre afin de sauver la tribu Issak d’un génocide programmé. Vers la fin de 1990, les premiers victoires sont annoncés et l’armée somalienne stationnée au Nord du pays, l’actuelle Somaliland, sont en déroutes. L’Ugaas dispose une deuxième région Issa, Guban ou Awdalland, plus vaste que Djibouti et dont les issas organisés en plusieurs brigades bien armées sont sous ses ordres.

Cet Ugaas politisé, militaire et économique en forte progression est un danger pour le royaume de Gouled et Guelleh.

Ismaël Omar Guelleh, chef de la sécurité à l’époque, met en place un plan pour éliminer physique l’Ugaas Hassan Hersi mais en faisant endosser la faute un innocent comme toujours.

Le commissaire Qaraf, le cousin clanique d’Ismaël Omar Guelleh et son adjoint à la fois, plus compètent que ce dernier lui déconseille la mise en exécution de ce plan qui peut créer des problèmes d’insécurité en Ethiopie et pourra conduire les autres clans issas à massacre les Mamasans.

Connaissant le caractère têtu d’IOG, Qaraf met en garde des membres du Gandeh Issa sur l’éminence d’une menace réelle à l’encontre de l’Ugaas des Issas. IOG apprend plus tard la fuite dans son projet chthonien et ordonne le châtiment suprême contre ses subjugués qui lui mettent des bâtons dans le roue.

Les rumeurs disent que les assassins de Qaraf sont des mercenaires yéménites loués pour l’occasion ou des jeunes du quartier 7 bis œuvrant pour le SDS.

Au depuis de 1992, des sultans, ugaas et d’autres guide spirituels des tribus somaliens (de la confédération Darood, de la fédération Hawiye, tribu Issa, etc…) sollicitent au Ugaas Hassan Hersi des Issas la tenue d’une conférence somalienne regroupant les guides et sages des tribus à Diré-Dawa afin de résoudre le conflit somalien par la voie coutumier.

La conférence se tienne en 1993 et deux décisions principales sont votées à l’unanimité :

1 – que l’Ugaas Hassan Hersi des Issas est le guide de la totalité des peuples somaliens jusqu’à la remise en place d’un pouvoir centrale juste en Somalie ;

2 – et la tenue des conférences regroupant les guides spirituels, politiciens et intellectuels somaliens avec le concours de l’IGAD afin de stabiliser la Somalie et éviter une guerre clanique sans fin.

Se voyant de plus en plus petit devant ce sacre régional de l’ugaas Hassan Hersi des Issas, le duo Gouled et Guelleh mène des actions des nuisances à l’égard de l’Ugaas et sabote la conférence somalienne précitée.

En 1994, l’ugaas Hassan Hersi des Issas décédé alors que ses relations avec le binôme Gouled et Guelleh étaient au point mort.

A la mort d’un Ugass, on observe, comme la tradition le veut, une pause avant qu’un autre ne soit désigné. Sur combien d’années celle-ci doit s’étaler au maximum ?
Normalement, elle ne doit guère dépasser 4 ou 5 ans.
Ce qui n’est pas le cas, vous en convenez certainement, puisque quinze années nous séparent désormais du décès de l’Ugass Hassan Hersi. Que s’est-il donc passé ?

Ismaël Omar Guelleh, en utilisant les moyens financiers, administratifs et sécuritaires de Djibouti, désorganise et sème la zizanie dans les Issas du Nord de la Somalie et ceux de l’Ethiopie pour les ramener sous ses pieds. Il empêche aussi la désignation d’un nouveau Ugaas.

La recrudescence des protestations du peuple djiboutien et des actions de l’opposition obligent IOG à se reconcentrer sur Djibouti, ce qui représente une occasion de souffler pour les Issa de l’Ethiopie.

Une rébellion appartenant à IOG et installé au Nord de la Somaliland, sur territoire Issa (nous parlerons dans un prochain article), attaque Zeila le soir du dimanche 28 février 2010 pour saboter l’intronisation d’Ugaas Mustafa Maxamed Ibraahim

Mais des nomades issas venus de l’Ethiopie et assurant la sécurité du lieu pourchasse les mercenaires d’IOG.

Dernier une réunion de plusieurs semaines qui devait se tenir à Asbulih, en Ethiopie, le dernier semestre de 2013 a été saboté. Dans cette réunion il était question d’améliorer le Xeer Issa (la loi pastorale), les relations avec les communautés voisines, la position des Issas dans l’Ethiopie, la Somaliland et Djibouti ainsi que bien d’autres sujets utiles pour la communauté.

Donc, la question qui se pose actuellement est :

Est-ce que le nouveau Ugaas Mustafa Maxamed Ibraahim des Issas est sous la menace voilée d’IOG ?

Hassan Cher


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