Djibouti: Lettre ouverte à Abdourahman Boreh

Abdouahman BorehMon cher compatriote,

Comme vous le savez pertinemment, cher compatriote, la situation politique et économique de la République de Djibouti s’est dégradée depuis votre départ du pays vers la fin de l’année 2008.

Dans la droite lignée d’une riche famille de commerçants et après des études au Royaume-Uni, vous vous êtes lancé à votre tour dans le commerce (hôtels, construction, cigarettes, luxe, transport maritime, etc.). Les Djiboutiens se souviennent encore et regrettent majoritairement votre départ provoqué par le harcèlement du couple Ismail Omar Guelleh/Kadra Haid qui ont imposé, depuis 1999 à Djibouti, une impitoyable et sanguinaire dyarchie assise sur la fraude électorale et l’enrichissement illicite.

Les observateurs de l’économie de la Corne de l’Afrique avaient salué votre vision pour une Djibouti transformée en un Dubai miniature sur la mer rouge. En effet, c’est grâce à vos relations commerciales avec les Emirats Arabes Unies et en particulier l’émirat de Dubai que Djibouti a connu une décennie (1998-2008) de croissance ininterrompue, le port autonome de Djibouti devenant même le 3ème plus grand port d’Afrique.

Port de Doralé, Dry Port, Port pétrolier, Free zone, hôtel Kempeski, autant de réalisations qui ont pu sortir de terre à Djibouti grâce à vos talents de négociateur hors pair et de businessman à l’anglo-saxonne.

Vos activités ont tellement été florissantes que le dictateur Ismail Omar Guelleh en a pris ombrage et vous poursuit ces dernières années devant les tribunaux londoniens. Heureusement pour vous, les juges anglais ne sont pas dupes et refusent de donner suite à un procès politique téléguidé par une dictature tropicale. « Good Save the Queen » n’est-ce pas ?

Cependant, c’est l’ampleur de votre patrimoine qui me vaut aujourd’hui de vous adresser cette lettre ouverte.

Selon les informations parues dans la presse internationale le régime de Djibouti a demandé le gel d’une partie de votre fortune estimé à 111 millions de dollars par « The National » un journal émirati qui cite des journaux anglais.

Par ailleurs, selon l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) vous possèderiez les sociétés « Net Support Holdings Ltd » et « Value Additions Ltd » dans des paradis fiscaux. Ce qui laisse sous-entendre que la totalité de votre fortune est bien supérieure à 111 millions de dollars…

La lettre de l’océan indien a aussi révélé que la bataille judiciaire entre vous et le dictateur de Djibouti Ismail Omar Guelleh aurait couté au moins 4 millions d’euros à chaque partie. Ce sont là des chiffres qui donnent le tournis au petit Djiboutien ou Ethiopien de la rue.

En homme avisé et en excellent homme d’affaires, vous suivez certainement les derniers développements politiques et économiques à Djibouti et pour ce qui nous occupe ici l’Ethiopie.

Pour vous rafraichir la mémoire, cher Abdourahman Boreh, je vous informe que le peuple Issa dont vous êtes un de ses plus illustres fils est victime de discrimination, rançonnement, refoulement, exécutions extrajudiciaires, traitements inhumains et dégradants, refus d’accès aux soins de santé et à l’eau potable, etc… en Ethiopie et ce, depuis plusieurs décennies.

Il y a de cela 3 semaines, le gouvernement fédéral éthiopien, après un intense lobbying des Afars d’Ethiopie et de Djibouti, a donné un délai d’un mois aux Issas vivant à « Galbeed » (frontière nord de la province de Shinilé – Etat somali d’Ethiopie) pour quitter les districts de Cadaytu, Xundhufo, Gadhmalu et Afcase ainsi qu’une zone s’étendant sur plus de 200 km plus au sud.

Après l’expiration du délai imparti c’est l’armée fédérale éthiopienne qui va procéder au déplacement forcé de cette population civile sans défense. Il s’agit là d’une déportation pure et simple du genre de celles qu’à fait subir Staline aux Tchétchènes, aux Ingouches, aux Meskhètes et aux Tatars de Crimée.

Ce nettoyage ethnique se prépare dans la plus grande ignorance des médias internationaux et le peuple Issa a aujourd’hui besoin de l’ensemble de ses filles et fils pour préserver sa dignité et sa riche tradition millénaire.

Qu’il soit multimillionnaire en dollars ou simple intellectuel sans le sous, l’apport des uns et des autres est aujourd’hui plus que « timely ».

Faut-il prendre un avocat international à Londres ? Faut-il s’offrir les services d’une grande agence de communication afin de médiatiser et ainsi contrer efficacement cette déportation massive du peuple Issa ?

C’est pour financer ce genre d’initiative que je vous adresse aujourd’hui cette missive en faisant appel à votre générosité et implicitement à votre colossale fortune dont la majeure partie est désormais sur la place publique.

Je vous demande de méditer cette citation tirée d’une fable de la Fontaine : « l’avarice perd tout en voulant tout gagner ».

De plus, votre contribution financière à ce projet vous apportera sans aucun doute le soutien moral sinon technique (témoignages spontanés, preuves diverses, etc.) du peuple Issa dans votre bataille judiciaire contre le tyran Ismail Omar Guelleh.

A l’attention de certains lecteurs, je réaffirme haut et fort que ce projet qui a pour unique objet l’échec de la déportation massive du peuple Issa en Ethiopie ne vise surtout pas à opposer les Issas aux Afars, il s’agit ni plus ni moins que de préserver les droits légitimes et inaliénables du peuple Issa sur ses villes, villages et zones de pâturages.

Pour vous qui admirez la culture britannique, cher compatriote, je finis cette lettre ouverte par les mots de Wilson Churchill : « La critique peut être désagréable, mais elle est nécessaire. Elle est comme la douleur pour le corps humain : elle attire l’attention sur ce qui ne va pas. »

 

                                  Galan Waddour

                                  Courriel : waddourgalan77@yahoo.fr

                                  Paris


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