Afrique de l’Est : Garce à l’effort de la diplomatie égyptienne la Tanzanie penche vers le Caire sur le contentieux du partage des eaux du Nil

Barrage Ethiopien sur le NilUn changement semble se profiler à l’horizon dans le contentieux sur le partage des eaux du Nil. La première évolution dans ce sens provient de la position annoncée le 26 mai par la Tanzanie, dont le ministre des Affaires étrangères, Bernard Membe, a appelé à la révision de l’accord d’Entebbe, afin de prendre en considération les besoins économiques et sociaux de l’Egypte. Le ministre a demandé en particulier la révision du chapitre relatif au partage « égal et équitable » des ressources du Nil entre les pays du bassin.

Cette disposition désavantageait l’Egypte qui, contrairement aux autres pays riverains, dépend presque entièrement du Nil pour subvenir aux besoins en eau de sa population, aussi bien dans la consommation domestique que dans l’agriculture et l’industrie. Elle va également à l’encontre des droits historiques de l’Egypte dans les eaux du fleuve et des accords internationaux, notamment ceux de 1929 et de 1959, qui définissent les quotes-parts des pays du bassin. M. Membe a annoncé à cet égard l’intention de son pays d’inviter les pays riverains à une conférence à Dar Es-Salaam en juillet, pour examiner cette révision de l’accord. Mais d’ores et déjà, deux pays ont affiché leur opposition à cette proposition. Il s’agit de l’Ouganda et du Soudan du Sud, qui rejettent l’idée de revoir un accord déjà signé, même s’il porte préjudice à d’autres pays, nommément l’Egypte et le Soudan.

Le changement de la position de la Tanzanie est le fruit d’intenses efforts de la diplomatie égyptienne durant les derniers mois. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Nabil Fahmi, ainsi que d’autres responsables du ministère avaient sillonné les divers pays d’amont, notamment ceux qui avaient signé l’accord d’Entebbe (Ethiopie, Ouganda, Kenya, Tanzanie, Rwanda, Burundi), pour les convaincre du bien-fondé de la position de l’Egypte.

L’autre évolution, qui reste encore au niveau des intentions, concerne un apparent réchauffement entre l’Egypte et l’Ethiopie. Cette dernière était la force motrice derrière l’accord d’Entebbe, et en a immédiatement profité pour lancer après la chute de Moubarak, début 2011, les travaux du barrage controversé de la Grande Renaissance, sur le Nil bleu, source de 85% de la part de l’Egypte dans les eaux du Nil. Toutes les tentatives du Caire de parvenir à un compromis ont échoué en raison de l’intransigeance d’Addis-Abeba.

Mais, dès son investiture le 8 juin, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a fait une ouverture en direction de l’Ethiopie, en insistant sur la nécessité de parvenir à un accord avec elle et en écartant toute escalade. Les autres responsables égyptiens, à commencer par le premier ministre, Ibrahim Mahlab, ont également tenu un langage plus conciliant vis-à-vis de l’Ethiopie, qui a réagi favorablement au nouveau contexte, en invitant Al-Sissi à se rendre à Addis-Abeba. Les dirigeants des deux pays devraient également se réunir en marge du sommet africain, tenu les 26 et 27 juin en Guinée équatoriale.

Reste à savoir si l’Ethiopie a l’intention d’agir pour parvenir à un compromis avec l’Egypte, en prenant en considération ses inquiétudes légitimes sur les effets négatifs du barrage et la nécessité de maintenir un équilibre entre ses besoins en développement et ceux de l’Egypte. Le Caire avait déjà fait diverses propositions à cet effet, dont l’appel à des études plus approfondies sur les conséquences du barrage sur les pays d’aval ainsi que la réduction de la taille du barrage. En vain, l’Ethiopie tenant jusqu’ici une position inflexible.

L’Egypte a d’ores et déjà formé des équipes d’experts en eau, agriculture et environnement, pour mettre en œuvre des solutions à la baisse prévisible de sa quote-part du Nil, dont l’usage de systèmes d’irrigation économiseurs d’eau, le développement de graines peu consommatrices d’eau et le dessalement des eaux de mer. Ces alternatives ne peuvent finalement se substituer à la nécessité de parvenir à un terrain d’entente permettant de désamorcer la crise entre l’Egypte et l’Ethiopie, et assurant un équilibre entre leurs propres intérêts.

Hicham Mourad

 

d’Ahram


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