Djibouti / Ethiopie: Lettre ouverte au premier ministre de la république démocratique fédérale d’Ethiopie

djibouti - éthiopie _ armée

 

 

 

 

 

 

Réf.  005/Ltr/Mai.2016

Lettre ouverte au premier ministre de la république démocratique fédérale d’Ethiopie
Son Excellence
Haile Mariam Dessalegn
Office of the Prime Minister

P.O. Box 1031

Addis-Ababa

Ethiopia
Son Excellence,

L’accord militaire et sécuritaire entre Djibouti et l’Ethiopie.

Le Ministre djiboutien de la Défense Hassan Darar, et son homologue éthiopien Siraj Fegessa, ont signé, jeudi 28 avril 2016, « un protocole de coopération globale dans les domaines sécuritaires et militaires » entre les deux pays, selon la télévision d’Etat djiboutienne – RTD – voir ce lien : (https://youtu.be/9cXM0Q1S-iA?t=8m49s).
Cette annonce a été faite à l’issue d’une réunion de la Commission militaire mixte entre Djibouti et l’Éthiopie, qui s’est tenue jeudi, dans la capitale, Djibouti, avec la participation du chef d’état-major des forces djiboutiennes, le général Zakaria Cheikh Ibrahim, et son homologue éthiopien, le général Samora Younis.

Le discours du général de l’armée djiboutienne, Zakaria Cheikh Ibrahim.
Dans son discours le chef d’état-major des forces djiboutiennes, le général Zakaria Cheikh Ibrahim, dit clairement : « l’armée éthiopienne va nous aider à combattre des éléments indésirables à l’intérieur du pays et nos actions conjointes ne se limiteront pas à nos frontières mais là où il y aura besoin. »

Les propos tenus par le général djiboutien sont très graves et surprenants parce qu’il déclare ouvertement que les soldats de l’armée éthiopienne en uniformes peuvent opérer librement sur le territoire djiboutien pour participer aux exactions et massacres que mènent, à certains endroits du pays, la milice de Guelleh à l’encontre de la population civile.

Que des officiers militaires censés défendre leur peuple contre les agressions de forces armées étrangères, invitent une autre armée à participer à des projets de massacre ou de génocide dans leur pays et sur les citoyens est chose vraiment inacceptable aux regards du droit international.

Les corridors et Le motif de l’arrivé de l’armée éthiopienne à Djibouti.

Les trois principaux corridors d’accès à la mer de l’Ethiopie sont les corridors d’Assab (Erythrée), de Djibouti (Djibouti) et de Berbera (Somaliland).
Les autres ports de la sous-région, Port Soudan (Soudan), Massawa (Erythrée) ou Mombassa (Kenya) sont trop décentrés pour être utilisées régulièrement par l’Ethiopie et ne peuvent pas être considérés comme réellement compétitifs, même si de temps à autre l’Ethiopie a pu les utiliser pour y faire transiter certaines de ses importations ou exportations.

Bien que le corridor Djibouti/Addis-Abeba reste indispensable dans les temps actuels, il n’y est pas l’unique port d’usage mais tire de son rôle quasi-permanent des liens de sang, de fraternités et d’amitiés historiques. En partant du rive de la Mer-Rouge, ports de Djibouti – Zeila ou Assab, les accès commerciaux ont toujours traversé ,à environ 75% de leurs longueurs, les territoires des deux ethnies, Afar et Issa, qui peuplent Djibouti, le Nord de la Somalie, le Sud de l’Erythrée et le centre Est de l’Ethiopie.

Ceux-ci prouvent qu’aucun Afar ou Issa de Djibouti ne pensera mener des actions hostiles au fonctionnement de ces corridors parce que les premiers qui en souffriront ne sont pas les éthiopiens des plateaux du Nord de l’Éthiopie et des régions de l’Ouest et Sud mais plutôt les Afars et les Issas du centre Est de l’Ethiopie.
Dans l’accord militaire et sécuritaire signé entre Djibouti et l’Ethiopie 28 avril 2016, le président Ismaël Omar Guelleh autorise les hommes en uniformes des forces éthiopiennes à mener des actions ou des exactions contre la population djiboutienne dans notre pays.

Le corridor Djibouti/ Addis-Abeba existe depuis plus de 2 siècles et n’a jamais souffert d’aucune changement de régime, des menaces extérieurs et son plein fonctionnement n’a jamais nécessité la protection d’aucune force armée et moins l’invasion de l’armée éthiopienne sur le sol djiboutien.

La protection de l’accès commercial précité ne peut cependant justifier l’invasion du territoire djiboutien par des forces armées éthiopiennes amies et frères.
En réalité Ismaël Omar Guelleh a conclu cet ‘accord avec l’Éthiopie dans le but de protéger son régime tyrannique en vous impliquant aux affaires internes de la nation djiboutienne.

Les risques et les conséquences au niveau national et régional.

1 – Au niveau national

Le peuple djiboutien en a ras le bol du régime clanico-mafieux d’Ismaël Omar Guelleh et lui a fait savoir au cours de la dernière élection présidentielle du 8 avril 2016 dont le régime djiboutien, en faisant usage des tous les moyens illégaux pour obliger la population à se rendre aux bureaux de vote, même s’il n’a réussi à mobiliser plus de 17% du corps électorale du pays.

Cela montre que le peuple djiboutien souhaite ardemment l’instauration d’une démocratie à la direction du pays et compte chasser le régime mafieux avec tous les moyens légaux qui seront à sa portée.

Mais, si les forces armées éthiopiennes participent à la répression du peuple djiboutien en tentant de protéger un régime illégitime et liberticide, Addis-Abeba sera responsable des hostilités et des conséquences inimaginables que cela engendrera entre des peuples amis, soient ceux des plateaux éthiopiens et Djiboutiens.

2 – Au niveau régional.

La présence des forces armées éthiopiennes à Djibouti empiétera sur les intérêts de plusieurs pays de la région et de la Mer-rouge au point de voir un surarmement de la région et même des possibles affrontements armées qui auront des conséquences négatifs sur les développements économiques et commerciales de deux pays, Djibouti et l’Ethiopie. Cette nouvelle situation de guerre dissuadera les peu d’investisseurs courageux, qui malgré le manque de sécurité juridique, injectent leurs argents sur nos économies.

Pour assurer la sécurité du corridor Djibouti/Addis-Abeba le Protocole fixant les conditions de stationnement des forces armées françaises sur le territoire de la République de Djibouti après l’indépendance et les principes de la coopération militaire conclue avec la France et revu en 2011, un pays neutre des visés militaires, politiques, territoriales et économiques de chacun et chacune de la région, suffit et a en plus légitimé qu’il est source de stabilité dans la région presque un demi-siècle après sa ratification.

La saisie de la ligue arabe, de l’union africaine et de l’ONU.

Pour éviter une deuxième Koweït dans le monde arabe, nous inviterons l’Union Africaine, la Ligue Arabe et l’ONU à avoir un regard particulier sur cet accord militaire entre Djibouti et l’Ethiopie.

La position de l’Éthiopie au sujet du communiqué officiel du régime djiboutienne.

Le discours du chef d’état-major des forces djiboutiennes, le général Zakaria Cheikh Ibrahim, et certaines informations que des barons du régime de Guelleh font circuler dans le pays a créé une inquiétude dans la population au point que le slogan suivant revient dans toutes les discussions : « Nous ne serons pas une nouvelle Koweït, nous nous défendrons ! ».

Comme la population djiboutienne ne fait plus confiance au régime de Guelleh, la balle est dans le camp d’Addis-Abeba pour clarifier les contenus officiels de l’accord militaire en question.

En espérant que notre lettre saura attirer toute votre attention, nous vous prions de croire, Monsieur le Premier ministre, en notre plus haute considération.

 

En Suisse, le 08 mai 2016

Président de PADD

HASSAN CHER HARED

Copiés à : UA – Ligue Arabe – ONU

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