Éthiopie / Israël: La révolte des juifs éthiopiens contre le racisme israélien

FALASHA- ETHIOPIE-ISRAELLa manifestation des juifs d’origine éthiopienne qui vivent en Israël, constitue un tournant politique important. Simple rassemblement pour protester contre le racisme dans la société israélienne au départ, l’événement s’est transformé en un affrontement violent.

Il n’y a même pas 48 heures, la capitale israélienne était le théâtre de manifestations violentes.

Les acteurs de premier plan, des juifs d’origine éthiopienne, ont exprimé leur ras-le-bol place Itzhak Rabin à Tel Aviv face au racisme et à la discrimination dont ils sont victimes dans l’Etat d’Israël.

Dimanche 3 mai au soir, les protestations ont atteint leur niveau de violence le plus élevé avant un retour au calme lundi matin.

L’élément déclencheur de ces soulèvements : la diffusion d’une vidéo montrant des policiers bousculant et frappant un soldat d’origine éthiopienne de l’armée israélienne.

Le rassemblement qui se voulait pacifique a tourné aux affrontements entre manifestants et forces de l’ordre qui a riposté à l’aide de coups de canon et de grenades assourdissantes.

En tout, 56 policiers et 12 manifestants ont été blessés et 43 personnes ont été interpellées.

Les juifs éthiopiens représentent 135 500 âmes dans un pays qui en compte huit millions. Ils sont arrivés en Israël dans les années 1980 et 1990 via des ponts aériens après que le gouvernement israélien a reconnu leur judéité en 1975.

«Nous sommes depuis trop longtemps le punching-ball et le bouc-émissaire de la société israélienne. Tout ce qui va mal dans ce pays, c’est de notre faute. Les gens disent qu’ils nous soutiennent, qu’ils nous ont fait venir ici. Mais ce n’est pas vrai. Si nous sommes venus ici c’est parce que nous sommes sionistes, nous ne sommes pas venus pour des raisons économiques […] Mais nous ne voulons pas nous taire plus longtemps. Nous ne sommes pas la génération de nos parents, qui n’osaient rien dire, baissaient la tête et supportaient toutes les vexations», raconte Dana Sibaha, qui vit en Israël depuis 1991, dans les colonnes de Haaretz, cité par Courrier international.

Maya Tsagay, soldat né en Israël, s’est également exprimé dans le même quotidien : «Les actes de racisme se multiplient à l’encontre de notre communauté. Nous nous sommes tus trop longtemps, et à cause de cela, ceux qui étaient victimes de violences policières ont fini par se suicider […] Une chose est sûre, nous n’allons plus nous taire. Nous ne voulons plus être uniquement de la chair à canon».

«Nous devons combattre le racisme et la discrimination de toutes les manières possibles», a affirmé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou en réaction aux événements.

Le racisme semble en effet ancré dans la société israélienne, comme l’atteste Ziva Birsaw au journal The Times of Israel. Elle a immigré en Israël en 1984 et travaille aujourd’hui avec de jeunes Ethiopiens dans la périphérie de Haifa où elle a été témoin de cas d’abus de pouvoir de la part de la police.

Elle explique que les juifs éthiopiens vivent dans des quartiers uniquement peuplés d’Ethiopiens en plus d’envoyer leurs enfants dans des écoles où ne sont inscrits quasiment que des membres de leur communauté. Plus tard, c’est dans des cours de préparation à l’armée où se retrouvent uniquement des Ethiopiens que ces mêmes enfants sont envoyés.

«Les Ethiopiens d’Israël ont une triple étiquette. Ils sont vus comme des individus de couleur, habitant des quartiers pauvres et méritant un traitement spécial», note pour sa part Chen Bram, expert en politique multiculturelle et en gestion de la diversité à l’Institut de recherche Harry S. Truman pour l’avancement de la paix à l’université hébraïque de Jérusalem également cité par The Time of Israel.

Des programmes d’aide qui n’ont pas porté leurs fruits

«Etant donné l’échec des efforts accomplis visant à intégrer les juifs éthiopiens en Israël, les troubles qui ont éclaté étaient aussi prévisibles que regrettables», écrit Michael Freund, ancien vice-directeur des communications du Premier ministre dans une chronique du Jerusalem Post.

Il y évoque notamment le rapport annuel publié il y a deux ans par le contrôleur d’Etat Joseph Shapira sur l’inefficacité de gestion de cette problématique par les différents gouvernements israéliens. Il cite notamment l’initiative lancée par le gouvernement pour aider les familles émigrées d’Ethiopie à obtenir facilement des prêts immobiliers.

Mais sur quatre ans, seules deux familles Ethiopiennes ont bénéficié de ce programme. Autre détail, les jeunes éthiopiens qui entrent dans l’armée israélienne sont d’abord très enthousiastes avant de voir la vraie face du système. En 2010, plus de 20 % des recrues israélo-éthiopiennes n’ont pas terminé leur service militaire et le nombre de soldats éthiopiens derrière les barreaux représentent le double de la moyenne nationale.

Le chroniqueur note cependant que de plus en plus d’éthiopiens israéliens s’inscrivent pour décrocher des diplômes et des doctorats dans les universités israéliennes et que de plus en plus d’officiers éthiopiens excellent dans l’armée israélienne. «Nous avons amené des juifs éthiopiens chez nous, mais nous devons maintenant les faire sentir comme s’ils étaient chez eux, pour leur bien comme pour le notre», conclut Michael Freund.

Paris

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