Djibouti : Rebelote, pour la dictature ou pour le peuple ?

intronisation IOG en 2016 - EMPEREURNous sommes en avril 2015. Qu’à dieu ne plaise ! Les vibrations des tam-tams ont bien repris, de la même manière qu’en 2010. Tout est méticuleusement préparé avec le même mode opératoire. L’élection aura certainement lieu au mois d’avril 2016 et il faut bien préparer l’année de tout l’enjeu. Contrairement à 2010, cette année le manège est sans intrigue, aucune constitution à bricoler. Tout le travail a été fait et bien fait en 2010. Toutefois pour que le peuple ne s’ennuie pas, il faut créer un suspens. Un faux-semblant de suspense, d’appréhension et d’impatience – après tout nous sommes bien dans le pays de la sournoiserie.
Pour comprendre la méthodologie, il faut établir une analyse comportementale, en vocabulaire policier un ‘profilage’. L’objectif est bien connu, rester au pouvoir à tout prix, se rendre indispensable.

L’une des particularités fondamentales de la méthodologie est de multiplier les projets à la veille de l’élection et amplifier les rituels de poses de pierres, pour renforcer le novlangue « finir les projets entrepris » ou rappeler la misère de la guerre de pays voisins par « garantir cette paix si chère » – le drame yéménite renforcera cette chimère. Revenons à « finir les projets entrepris », rien que depuis le début de l’année 2015, 2 aéroports, un projet transfrontalier d’adduction d’eau potable avec l’Ethiopie ont été entamés, et j’en passe. Dans cette atmosphère, aucun espace temporel n’est laissé pour inventorier et vérifier les projets arrivés à réalisation. Voici pour se remémorer la promesse de 2011. C’est une question et réponse tirées d’interview de Jeune Afrique du 8 décembre 2011.

« Il vous reste quatre années et demie de mandat. Qu’aurez-vous réalisé en avril 2016 sur les plans économique et social ? Djibouti aura atteint le seuil d’autosuffisance énergétique, avec la mise en service de quatre centrales géothermiques – dont le financement est bouclé – et l’achèvement d’un parc éolien. Djibouti aura presque résolu son problème d’approvisionnement en eau avec la construction de deux usines de dessalement, l’une par les Français sur financement Opep-fonds koweïtien, l’autre par les Chinois. Djibouti aura considérablement augmenté sa capacité portuaire, avec l’extension du terminal à conteneurs de la capitale, la construction de ceux de Doraleh et de Tadjourah. Djibouti sera plus que jamais le débouché d’une économie éthiopienne en pleine expansion, avec la modernisation du chemin de fer Addis-Djibouti et l’achèvement de la ligne Mekele-Tadjourah. Djibouti, enfin, sera l’un des bénéficiaires de la route en construction entre la frontière sud-soudanaise et le réseau éthiopien auquel nous sommes connectés, ce qui nous permettra de répondre à la demande d’import-export de ce nouveau pays qu’est le Soudan du Sud. »

Quid de quatre centrales géothermiques ? Quid d’un parc éolien ? Quid de deux usines de dessalement d’eau de la mer ? Quid du Port de Tadjourah ? Qu’en est-il de tout cela ? Seul le port de Doraleh évoqué (dans cette interview) était déjà finalisé à cette période. Quel intérêt d’entretenir la confusion entre le projet achevé, en court de réalisation et ce que l’on doit entamer. Seule la modernisation du chemin de fer Addis-Djibouti semble pouvoir être finalisée sous peu, et encore, il parait, que c’est un projet dont Djibouti bénéficie sans en être initiateur. Comprendra qui pourra le pourquoi du comment de la finalisation du projet. Pour preuve, aucun projet destiné exclusivement à l’usage interne, n’a été entamé, ni les centrales géothermiques, ni le parc éolien, ni les usines de dessalement d’eau de la mer, aucun (CQFD). Toutes les infrastructures routières, internes à notre pays, sont en états de déliquescence avancée, même dans la ville qui nous sert de capitale, n’en parlant même pas de régions internes. Dans cette même réponse, il est dit sans détour que « Djibouti aura atteint le seuil d’autosuffisance énergétique ». Nous sommes plus que jamais dépendant de l’Éthiopie énergétiquement. Pourquoi tromper délibérément ? Il ne devait pas ignorer qu’en 2011 (moment de cette interview), que l’année suivante (2012 – l’année de la liaison) l’Ethiopie nous fournirait l’électricité à plus de 80 % de la capacité consommée, et probablement « l’eau » en 2016-2017 ? Pourquoi ?

Une autre particularité essentielle de la méthodologie de notre suzerain est qu’il a fait tien de cet adage « la promesse n’engage que ceux qui veulent bien y croire ». Il peut nous promettre « monts et merveilles », de toute manière cela n’engage que le peuple niais qui y croit. Sinon pourquoi parlions-nous déjà de cette possibilité de candidature ? N’a-t-il pas dit qu’ «en 2016, je m’en irai. Cette fois, je peux vous le jurer. Ce dernier mandat, je ne le voulais pas. C’est un mandat forcé, le peuple ayant estimé que la relève n’était pas prête.» (Jeune Afrique 8 décembre 2011). Le pauvre ! Quel martyr, il a été forcé ! Dans une interview plus récente, il a dit, «encore deux ans et je m’en irai, mission accomplie» (Jeune Afrique 1 avril 2014). Le coupable est connu, c’est bien ce peuple qui l’oblige à mentir ses promesses et le force à rester au pouvoir ! Excusez du peu, même quand il leur dit qu’il a accomplie sa mission. Mon dieu, quelle inversion de rôle !

Rebelote ! Il y a eu et il y en aura encore des manifestations autorisées, encouragées, encadrées et souhaitées, par les truchements de marches des femmes un après-midi (10 avril 2015), car les hommes ne sont pas disponibles à cette période de la journée. Et probablement la matinée (sous peu) pour les fonctionnaires. En réalité, seule la forme de la mise en scène théâtrale de sa déclaration de candidature reste un inconnu, les orchestres philharmoniques se démènent et démêlent leurs idées pour se surprendre et émerveiller leur boss. Ah ce peuple ! Comment voulez-vous lâcher cet esprit unique et une âme généreuse dans un corps robuste. Nous, peuple bienveillant et bienfaisant, nous disons en chœurs et dans la rue « nous ne vous lâchons plus seigneur ». Vous devez impérativement «finir vos projets entrepris». Que deviendrons-nous s’il s’en allait ? En attendant, la naissance du prochain messie qui n’est pas encore né, comme l’a déclaré le maire de Hargeisa, (venu prêter main forte l’année dernière) sous l’air amusé de militants RPP.

Pour l’occasion, les sacraux saints oulémas sont sortis pour dénicher un hadith pour légitimer leur parole et la candidature de leur seigneur. Tout aussi bien, les courtisans intellectuels drapés de titres aussi longs que le bras: docteur, chercheur, professeur, journaliste, politologue, cheik et de fois les tout en un (relié par de traits d’union) feront certainement leur apparition pour supplier leur Apollon (dieu de la Beauté, de la Lumière, des Arts, des Lettres et de la Divination) de rester au pouvoir, parce qu’ils lui doivent tous ces honneurs. Il y a également et non de moindre les régents autoproclamés représentants d’ethnies, de tribus, clans, sous-clans, de genoux, des orteils, des doigts, de branches et de feuilles, chacun saisit le bout qu’il peut pour ramener tout le monde vers le chef du lieu. Personne ne doit manquer à l’appel. Va comprendre pourquoi ces gens ne se limitent pas à soutenir son omnipotent impérieux maître, avec leur corps, leur âme et leur cœur. Franchement, c’est tout leurs droits et qu’ils se fassent plaisir et qu’ils en profitent sans modération. Tudieu quel est ce virus de vouloir parler au nom des autres ?

Le raz-de-marée habituel se mettra en place, les mêmes rengaines, les mêmes phrases, les mêmes discours qui reviendront, et qui, n’en doutons pas se rendront dupe de leurs propres mensonges

Tous ces impétrants personnages cités sont l’exemple type de courtisans, tantôt obséquieux envers leur donneur d’ordre, tantôt morigénant, houspillant ceux qui auraient la mégarde de ne pas marcher dans les passages ‘épinés’. Ce sont de victimes de leur propre sort parce que tout simplement ceux qui ont vibré en 2011 n’ont pas tous amassé le butin. La concurrence est rude entre courtisans. Nous leur souhaitons simplement « que le meilleur gagne » et leur demandons plaisamment de nous offrir un spectacle digne de leur maître. Observez-le, ils reviendront pleurer « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » disait Bossuet. Personnellement, j’admire le spectacle de ces carriéristes qui découvrent l’ostracisme, tribalisme et la proscription seulement lorsqu’ils sont victimes de ces derniers alors qu’ils ont été porte-parole de cette injustice qui frappe et écrasera leurs concitoyens tant que ce système persistera. Leur vie est comparable à celle d’un croyant psalmodiant constamment la prière pour obtenir quelque chose. Toute la différence est dans l’identité du seigneur !

Pontife De Kaluwalle


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