Somalie : La création des états somaliens de la Corne de l’Afrique est une option possible dans la nouvelle donne géopolitique de la région.

Somalie : La création des états somaliens de la Corne de l’Afrique est une option possible dans la nouvelle donne géopolitique de la région.

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Territoire du peuple somalien en Afrique de l’Est

La politique américaine et d’une manière générale occidentale à l’égard de la Somalie est fondée sur l’idée selon laquelle une Somalie avec un état central fort peut stabiliser le mieux le pays et lui permettrait de sécuriser son territoire. Cela a été l’hypothèse pour des générations de décideurs, mais cette logique est efflanquée.

La question en litige est la recommandation que le Somaliland, le Nord du pays qui est en grande partie pacifique depuis 1991, soit à nouveau subordonné au gouvernement de Mogadiscio et à son contrôle. S’il est vrai que la tribu plutôt que l’ethnie sépare le Somaliland du reste de la Somalie, l’idée que l’ethnicité doit définir l’État est absurde, mais pas impossible.

Il existe des nombreux exemples d’ethnicité et de langue couvrant plusieurs États distincts : il existe deux Romains (dont l’un est appelé la Moldavie et l’autre la Roumanie) ; deux Albanies (dont l’un s’appelle le Kosovo et l’autre l’Albanie) ; et plus de 20 états arabes.

Deuxièmement, même si Mogadiscio rétablissait son contrôle sur la Somaliland, cela ne permettrait pas l’unité somalienne. Tout comme les Kurdes, les Somaliens vivent dans quatre pays, il en va de même pour les Somaliens : au-delà de la Somalie, Djibouti est en partie somalienne ; la seule raison pour laquelle elle est indépendante est en raison de son histoire coloniale séparée. La population de la province éthiopienne d’Ogaden ou Somalie de l’Ouest est également une ethnie somalienne, tout comme la province du nord-est du Kenya — NFD.

Insister sur la réunification entre le Somaliland et la Somalie risque d’encourager un revanchisme déstabilisateur. La guerre d’Ogaden de 1977 à 1978, qui a débuté lorsque la Somalie a envahi l’Éthiopie pour s’emparer de ses régions ethniquement somaliennes, a coûté la vie à des milliers de personnes et est brièvement devenue un point fort de la guerre froide.

Plus récemment, les tensions entre Mogadiscio et Nairobi ont éclaté lorsque le Gouvernement fédéral de Mogadiscio a cherché à vendre aux enchères des blocs de pétrole dans les eaux territoriales avec le Kenya. Si le pétrole se trouvait dans les eaux au large des régions du Kenya peuplées de Somaliens, le revanchisme de Mogadiscio pourrait s’aggraver.

Les décideurs politiques ont peut-être réussi à revoir la géopolitique de la Corne : plutôt qu’un gouvernement fort et centralisé à Mogadiscio — fédéral ou autre — au centre de la stabilité régionale, la meilleure politique consisterait peut-être à récompenser les régions qui ont atteint la sécurité et la stabilité nécessaires à la formation d’un état indépendant. Djibouti est, depuis plus de quarante ans, essentiellement une affaire de familiale (le président actuel est le neveu du premier président de Djibouti). Si Djibouti n’est ni libre ni démocratique, il existe des raisons à la fois stratégiques et historiques d’accepter son indépendance et de s’associer à elle.

On peut dire que la Somaliland est effectivement indépendante depuis 1991, après avoir émergé des cendres de l’ancien dictateur Mohamed Siad Barre. Il a organisé plusieurs élections présidentielles successives et devrait tenir des élections législatives repoussées plus tard cette année. C’est la partie la plus libre et la plus sûre de la Somalie. Alors que l’armée nationale somalienne est désespérément corrompue et inefficace, la petite force du Somaliland a réussi à sécuriser la région, même en fonctionnant sous un embargo sur les armes imposées par l’ONU.

Le Puntland, État autonome qui a voulu suivre l’initiative du Somaliland, est relativement autonome et la sécurité y règne. Garoowe a accepté de s’intégrer au gouvernement fédéral somalien au lieu de suivre sa propre voie comme la Somaliland. Le reste de la Somalie, y compris Mogadiscio, est un peu moins sûr, bien qu’il soit inondé des soutiens financiers grâce à la décision des administrations d’Obama et de Trump. Plutôt que de reconstruire l’État, cet argent, au mieux, ne fait que fidéliser et exacerber le plus souvent les divisions.

Les états occidentaux ne procédaient jamais à une analyse après action de leurs diplomaties dans le contexte de la sensibilisation aux régimes voyous. S’agissant de la Corne de l’Afrique, le problème posé peut être différent, mais l’incapacité à évaluer les politiques reste la même.

La Somalie est dans un état d’échec depuis des décennies, avec un gouvernement soutenu uniquement par des forces de maintien de la paix étrangères agissant sous la tutelle de l’Union africaine. Plutôt que de reconnaître leurs échecs, les états occidentaux, l’UA et l’ONU semble avoir l’intention de dépenser leurs argents, amplifiant ainsi ce que Transparency International considère désormais comme le pays le plus corrompu du monde, le tout pour une illusion d’unité somalienne qui ne viendra pas par les biceps et les fléaux d’argent des contribuables occidentaux déboursés inutilement.

Une politique plus rugueuse pourrait tenir Mogadiscio pour ses échecs et permettre aux autres Somaliens de jouir du droit à l’autodétermination. Si, à l’avenir, plusieurs États somaliens voulaient se réintégrer dans une union, c’est leur choix, mais ce n’est pas un choix sur lequel les états occidentaux et les institutions africaines et onusiennes devraient insister.

Depuis que le général Thomas Waldhauser de l’AFRICOM avait clairement déclaré clairement, devant la commission des forces armées du Sénat américain le 7 février 2019, que les frappes aériennes en Somalie n’ont pas vaincu et ne vaincraient pas dans le futur Al-Shabab en particulier et les groupuscules extrémistes religieux en général, des voix commencent à s’élever un peu partout sur la possible création de ce qu’on peut appeler les états somaliens de la Corne d’Afrique.

Cette idée, portée par des experts africains et des Thinks tank occidentaux, se murmure dans les couloirs des instances continentales et internationales.

Le président de la Somaliland, Muse Bihi, a été invité et accueilli à Addis-Abeba, du 19 au 20 février 2019, au même moment et au même titre que le président de l’état fédéral de la Somalie, Mohamed Abdullahi Mohamed dit Farmaajo. Cet accueil protocolaire, d’habitude réservé aux président ou chef de gouvernement officiel d’un état, a exaspéré Farmaajo et le gouvernement de Mogadiscio qui y ont vu dans cette gestion diplomatique du Premier ministre l’Éthiopie, Abiy Ahmed, comme une ingérence grave des affaires intérieures de la Somalie.

À moins que ça soit une erreur protocolaire de la part d’Addis-Abeba, l’accueil de Muse Bihi en Éthiopie cette semaine avec tous les honneurs d’un président d’un état indépendant pourrait être un signe avant-coureur du projet des états somaliens de la corne d’Afrique poussé et soutenu par de plus en plus des décideurs politiques africains et occidentaux.

Le seul hic dans le projet précité est qu’il se réalise sans les concours des décideurs politiques de la Corne de l’Afrique parce que son impact, négatif ou positif, ne se limitera pas en Somalie, mais aura une empreinte directe sur Djibouti, le Kenya et l’Éthiopie et un impact indirect sur l’Érythrée et le peuple Afar à cheval sur trois des pays cités et en plus qui a une ethnicité très proche du peuple somalien de l’Afrique de l’Est.

Hassan Cher


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Authored by: Hassan Cher Hared

Hassan Cher Hared