Djibouti: la CEMI pourra-t-elle garantir un scrutin honnête pour les présidentiables de l’opposition…?

voteJ’ai le sentiment pénible que les présidentiables de l’opposition (USN comme AR) ne connaissent pas vraiment cette espèce d’autocratie participative à laquelle ils ont été conviés malgré eux et dans laquelle nombre d’eux s’engouffrent tête baissée et à corps perdu.

Ceux qui ont pu se surprendre à rêver (en se rasant) que la CEMI (Commission Électorale du Ministère de l’Intérieur) pourrait leur garantir un scrutin honnête, font preuve soit de simplification apolitique, soit de mauvaise foi pathologique.

Que savent-ils des moyens colossaux de fraude électorale et de mystification administrative avec lesquels l’Etat Unipersonnel à Responsabilité Illimitée (« EURI ») de monsieur IOG compte les asservir de sa toute puissance despotique?

Ci-après un petit exposé des techniques de fraude électorale tiré d’une conférence tenue par le Président du Parti burundais, le CNDD (Conseil National pour la Défense de la Démocratie), et ayant eu lieu à Bujumbura en 2009… Comme un avant-goût de ce qui vous attend (une fois de plus) à Djibouti en avril 2016.

LES TECHNIQUES DE FRAUDE ÉLECTORALE
***

Sous la pression des populations et des bailleurs de fonds, tous les anciens dictateurs et autocrates africains se sont mués en « démocrates ». Des élections ont été organisées un peu partout, mais l’on constate que malgré une impopularité notoire, de nombreux dirigeants ont pu garder les rênes du pouvoir après plusieurs scrutins. D’autres parviennent à se pérenniser au pouvoir par des coups d’Etat électoraux devenus une véritable mode aujourd’hui ; ou alors à bricoler une révision de la constitution pour prolonger leur mandat à vie à défaut de céder le pouvoir à leur fils.

Le monstre de la République Monarchiste est en train de naître sous nos yeux en Afrique.

Les fraudes électorales ne relèvent pas de la magie : il s’agit de véritables laboratoires de la tricherie mis en place par les régimes chancelants. La fraude s’observe à toutes les étapes des élections.

Mettre à nu les techniques de fraudes, c’est rappeler aux acteurs politiques la vigilance qui doit être la leur pour déjouer les ruses des ennemis de la démocratie. Et il faut garder à l’esprit qu’à toute étape des élections, l’issue peut basculer par des manoeuvres frauduleuses ou putschistes.

De quoi s’agit-il concrètement ?

1. LA TRICHERIE À LA PHASE PRÉ-ÉLECTORALE

Le fichier électoral peut être l’objet de grandes tricheries depuis les inscriptions jusqu’au retrait des cartes.

Lors des inscriptions :

– Dans des zones supposées proches de l’opposition, les personnes chargées des inscriptions sont fréquemment absentes, « manquent » du matériel pour travailler, n’ont pas encore reçu l’ordre de débuter les inscriptions, etc Des omissions sont massives, des radiations nombreuses, l’on est très exigeant sur la qualité d’électeur. Des troubles peuvent être fomentés pour empêcher les inscriptions. Des fois le refus de l’octroi de la carte d’identité aux militants de l’opposition surtout aux jeunes ayant récemment atteint l’âge de la majorité leur barre l’accès au rôle et à la carte d’électeur. En outre, même s’ils se sont régulièrement fait inscrire, certains électeurs ne trouvent pas leur nom sur le fichier, ou alors leur nom se retrouve comme par enchantement loin de leur lieu normal de vote.

– Dans les zones proches du pouvoir, les inscriptions sont volontaristes, des mineurs et même des étrangers sont inscrits, les morts, les émigrés ne sont pas radiés, bref les inscriptions sont massives. Certains ont le privilège d’être inscrits à plusieurs endroits à la fois, et disposent de plusieurs cartes d’électeurs. Avec la complicité des administrations qui délivrent les cartes d’identité ou les passeports et celle des agents préposés au rôle, avec une encre effaçable, le vote multiple devient un jeu d’enfant.

Ainsi on a pu observer lors de la dernière élection présidentielle du 30 août au Gabon, que le nombre de votants dans une des provinces était presque égal à celui cumulé de trois autres provinces sans que cela reflète la réalité démographique. Cela a bien sûr dopé le candidat favori dans cette province, mais aussi provoqué les contestations des candidats de l’opposition.

– Le retrait des cartes d’électeurs sera un véritable casse-tête dans les zones soupçonnées de sympathie pour l’opposition et ce sera bien sûr l’inverse dans les bastions des partis au pouvoir.

La pré-campagne est une période profitable pour les partis au pouvoir. Des tournées « républicaines » sont organisées par le chef d’Etat et les Ministres ; des inaugurations, des pauses des premières pierres pour édifier des bâtiments publics, des dons d’ambulances et de médicaments, des gratifications en argent et des promesses sont faits. Tout cela est une anticipation malhonnête de la campagne, pour faire oublier les contre-performances du mandat en voie d’achèvement.

2. LA CAMPAGNE ÉLECTORALE

Pendant la campagne, les moyens de l’Etat sont bien sûr mis à la disposition des partisans du parti au pouvoir : médias, véhicules, salles de réunion, photocopieuses, papiers, et même les forces de l’ordre. Des « cadeaux » achetés par l’argent du contribuable sont distribués. Pendant ce temps l’opposition vit un cauchemar.

Toutes les raisons sont bonnes pour gêner sa campagne : des imprimeurs refusent de traiter leurs documents, les salles de réunions leurs sont fermées pour des motifs on ne peut plus fallacieux, des meetings sabotés par des nervis au service des partis au pouvoir, etc. Les cartes électorales sont achetées, de l’argent distribué, des menaces proférées. Des troubles peuvent surgir dans une région donnée pour empêcher les candidats de l’opposition d’y faire campagne.

3. LES ÉLECTIONS

Le jour des élections on constate plusieurs tactiques de fraude : On peut souligner le début de vote très tardif dans les bastions de l’opposition afin de décourager les moins patients et resserrer le temps du vote, des troubles pour dissuader les électeurs de se rendre aux urnes, la présence des forces de l’ordre jusqu’à l’intérieur du bureau de vote au nom de la sécurité, insuffisances des bulletins des candidats de l’opposition, absence de poubelle pour jeter les bulletins non utilisés : ainsi le vote n’est plus secret ; présence d’une personnalité influente dans le bureau pour orienter le vote, expulsion des représentants de l’opposition dans les bureaux de vote, vote multiple puisque l’encre supposée indélébile peut être effacée par ceux qui savent comment ; bourrage des urnes etc. : voilà quelques uns des procédés de fraude électorale.

On a également vu dans un pays des personnes qui se mettent à quelques mètres du bureau de vote avec une mallette pleine de billets de banque. Tout électeur qui leur ramenait les bulletins des adversaires de leur candidat avait droit à une certaine somme !!!

Le transport des urnes peut offrir une occasion d’échanger les véritables urnes par d’autres bien bourrées : les bulletins en provenance des zones favorables à l’opposition n’arriveront pas au centre de dépouillement « faute de carburant » ou seront purement et simplement remplacées et « égarées ».

Les élections et le dépouillement peuvent se dérouler normalement et révéler le favori des urnes quand soudain les tendances sont brutalement modifiées par la proclamation d’un vainqueur inattendu. Ce phénomène a été observé lors des élections présidentielles au Kenya en décembre 2007. Pour réussir le coup, on retarde la proclamation des résultats surtout dans les zones favorables afin d’ajuster et d’orchestrer la fraude en conséquence.

Le dépouillement peut ne jamais exister, et la proclamation des résultats officiels se fera sur base de chiffres concoctés d’avance dans des laboratoires de la fraude de la présidence ou du ministère de l’intérieur. Il s’agit simplement d’un hold up électoral.

Le tout peut être couronné par certains observateurs internationaux (en réalité des faux témoins sur frais du contribuable du pays hôte) qui trouveront que « le scrutin est globalement libre et transparent, et que les insuffisances et autres incidents ne sont pas de caractère à influer les résultats du scrutin ». Dès la proclamation des résultats c’est un concert de félicitations (intéressées) qui fusent de partout, des « professeurs » de droit international qui expliqueront le pourquoi de cette « victoire ». Le cas du Gabon, où des présidents ont félicité le candidat donné vainqueur avant que le contentieux électoral ne soit vidé est éloquent à ce sujet. Quel est dans ces conditions le sort des recours ?

Qu’ils soient adressés à la commission électorale, à la cour suprême ou à la cour constitutionnelle, les recours de l’opposition ont peu de chance d’aboutir parce qu’aucun de ces organes n’est indépendant. Un observateur averti de la politique kényane notait que : « Une des tactiques utilisées par le passé par le gouvernement au Kenya a été de geler ces recours et de les faire traîner en longueur jusqu’au découragement et à l’abandon des plaignants d’autant plus que la constitution actuelle ne prévoit pas de délai limite dans lequel la Cour Suprême doit avoir rendu son jugement. ».

Au Burundi, la Cour constitutionnelle a rendu un arrêt disant tout bonnement à un parti qui contestait les résultats électoraux de 2005 qu’il n’avait pas intérêt à agir. Les irrégularités qui ne lèsent pas la majorité au pouvoir sont minimisées, ignorées et déclarées « pas de nature à influencer les résultats ».

Bref, la fraude peut se faire à tous les stades du processus électoral. Cela est d’autant plus à craindre quand le code électoral ne remplit pas réellement les conditions d’un vote rationnel et impartial, comme au Burundi. […]

4. CONCLUSION

La valeur de la démocratie est reconnue universellement. L’on admet qu’une des clés de voûte de celle-ci est la tenue à intervalles périodiques d’élections libres et régulières permettant l’expression de la volonté populaire. Ces élections doivent se tenir sur la base du suffrage universel, égal et secret. Malheureusement, les régimes impopulaires s’ingénient chaque jour à inventer et appliquer des techniques de plus en plus sophistiquées pour usurper la volonté populaire.

Au Burundi, les plus décriées de ces techniques sont : la manipulation du fichier électoral en vue de votes multiples ou irréguliers, le trafics des cartes d’électeurs, la pré-campagne insidieuse, l’achat des consciences, l’abus des biens publics et le refus du financement des élections, l’abus du pouvoir par la pression et l’intimidation, le non respect du secret du vote, la séquestration ou le refus des observateurs mandataires de l’opposition avec comme conséquence de vol des voix et la manipulation des résultats, l’absence d’institution de recours impartiales et dignes de confiance. […]

Cependant, je reste convaincu que tout n’est pas joué d’avance. Les forces démocratiques, conscientes qu’elles partiront avec un sérieux handicap, ont l’impérieuse obligation de se préparer minutieusement pour barrer la route aux malins génies de la fraude.

Pour cela, elles devraient dès maintenant donner à leurs membres et singulièrement de leurs mandataires aux différents scrutins, une formation anti-fraude électorale. Car d’amont en aval, des textes de lois au recours en contentieux électoral, en passant par le fichier, le calendrier, les cartes d’électeurs, le dépôt de candidature, la convocation du collège électoral, la campagne électorale, le franc électoral, l’accès aux médias publics, les opérations de vote, le dépouillement, les procès-verbaux, la proclamation des résultats, chaque étape est jonchée d’embûches qu’il faut déjouer.

© Léonard NYANGOMA, Président du parti CNDD

Bujumbura, octobre 2009

Retrouvez le document complet sur: http://www.arib.info/CNDD_Elections-Fraudes.pdf

Hillyeh Guirreh


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