SUD SOUDAN: Fusillades à Juba et négociations retardées

rebelle sud soudanDes tirs ont duré environ une heure dimanche à Juba, la capitale du Soudan du Sud, alors que les négociations directes entre le gouvernement du président Salva Kiir et les rebelles étaient de nouveau retardées à Addis-Abeba, en Ethiopie.

Les fusillades ont éclaté dans le secteur du quartier général de l’armée sud-soudanaise, dans le nord de Juba. Une brève fusillade avait également été entendue dans la capitale samedi soir.

Trois semaines d’affrontements sur fond de rivalités ethniques entre les gouvernementaux et les rebelles, partisans de l’ancien vice-président Riek Machar destitué en juillet dernier, ont fait un millier de morts et 200.000 déplacés dans le plus jeune Etat d’Afrique, indépendant depuis seulement juillet 2011.

« J’ai vu un camion rempli de soldats qui chantaient remonter la route de Bilpam. Une vingtaine de minutes plus tard, les tirs ont commencé et des gens ont commencé à courir vers la ville », a raconté dimanche soir un témoin, Animu Afekuru.

« J’ai peur pour mon pays », a dit Nyathok Khat, 19 ans. « Les hommes politiques ne se soucient pas des souffrances du peuple. »

On faisait également état de combats dimanche près de la ville de Bor, capitale du vaste Etat du Jonglei, à 200 km au nord de Juba.

Le secrétaire d’Etat américain a apporté son soutien aux discussions de paix d’Addis-Abeba, où les négociateurs des deux camps ne se sont toujours pas rencontrés face à face alors que les négociations devaient s’ouvrir dimanche après-midi.

Un diplomate occidental dans la capitale éthiopienne et des délégués rebelles ont finalement déclaré dans la soirée à Reuters qu’il n’y aurait pas de rencontre avant lundi.

Le président soudanais Omar Hassan al Bachir doit par ailleurs se rendre lundi à Juba pour rencontrer Salva Kiir, rapporte le service de presse du gouvernement de Khartoum.

RIVALITÉS ETHNIQUES

Salva Kiir accuse Machar, qu’il a chassé de la vice-présidence en juillet dernier, d’avoir voulu mener un coup d’Etat le mois dernier.

Machar accuse pour sa part le président de vouloir diriger une purge au sein du Mouvement de libération du peuple du Soudan (MLPS), parti au pouvoir, avant les élections prévues en 2015.

Le président Kiir, de l’ethnie Dinka, a fait arrêter plusieurs personnalités politiques qu’il accuse de soutenir son rival, qui appartient à l’ethnie Nuer. Il a accepté de relâcher certains de ces prisonniers mais plusieurs restent toujours en détention.

Pour les rebelles, la libération de ces détenus est une priorité, alors que le gouvernement de Juba dit vouloir prendre le temps d’enquêter.

« On parle d’un crime grave, de trahison, et on voudrait que le gouvernement de la République du Soudan du Sud puisse enquêter en deux ou trois jours ? C’est hors de question », a déclaré aux journalistes à Addis-Abeba le ministre sud-soudanais de l’Information, Michael Makuei.

Les Etats de la région redoutent que les combats se transforment en conflit ethnique et se propagent à tout l’Est africain.

Signe de la détérioration de la situation, les Etats-Unis ont ordonné vendredi à leurs ressortissants de quitter le Soudan du Sud. Quelque 440 Américains, fonctionnaires et civils, ont déjà été évacués par des vols charter ou par des appareils militaires, a précisé le département d’Etat.

Le Soudan du Sud possède les troisièmes réserves pétrolières d’Afrique subsaharienne, selon le groupe BP, mais reste l’un des Etats les moins développés du continent.

Avec Richard Lough à Nairobi, Tom Perry au Caire et Arshad Mohammed à Jérusalem; Guy Kerivel pour le service français – Reuters

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