Afrique: D’Abidjan à Djibouti, Jean-Yves Le Drian précise son plan pour l’Afrique

Jean-Yves Le DrianAvant de rencontrer son homologue américain, Chuck Hagel, le secrétaire d’État à la Défense, ce vendredi 24 janvier à Washington, Jean-Yves Le Drian a donné une conférence au Center for strategic and international studies (CSIS), un puissant think tank US.

Il en a profité pour appeler à une rénovation de la coopération franco-américaine, euro-américaine aussi. Et a surtout détaillé la politique de régionalisation de l’armée française en Afrique.

Face à la vulnérabilité des États africains devant les menaces (jihadismes, criminalités diverses), à l’intérieur de leurs frontières mais aussi à travers, du Sahel à la corne de l’Afrique, le ministre de la Défense appelle à renforcer les coopérations régionales.

 » Le défi revêt une ampleur régionale. Nous connaissons les groupes gravitant autour d’AQMI étendus au Niger, en Libye, en Tunisie, au Tchad, pour ne citer que quelques exemples. C’est pourquoi la France a engagé l’adaptation de son dispositif militaire.  »

Pour répondre  » à la nature transfrontalière de la menace jihadiste « , le dispositif français  » commence à évoluer dans le cadre d’une approche régionalisée « . Pour un ensemble d’environ   » 3 000 hommes dans toute la bande sahélienne « .

Pour lui,  » la Libye représente un défi de premier rang. Tripoli peine à se défaire de ses milices et à sécuriser ses frontières. Tant que cette situation perdurera, nous serons obligés d’aider les pays voisins à se prémunir du chaos libyen, singulièrement au Sud « . Principalement, le Niger et le Tchad pour la France.

Deux bases opérationnelles avancées à Abidjan et Djibouti

«  Nous disposerons de moyens opérationnels déployés du Tchad jusqu’au Mali. Ils bénéficieront de l’appui de deux Bases opérationnelles avancées (BOA), qui offriront des réserves pour la conduite des opérations, et de deux pôles opérationnels de coopération. Les deux BOA, l’une à Abidjan en Côte d’Ivoire, l’autre à Djibouti, disposeront de capacités leur permettant de répondre à l’urgence d’une dégradation sécuritaire dans la région. Elles permettront d’agir dans le domaine de la sûreté maritime dans le Golfe d’Aden et dans le Golfe de Guinée, et de servir de tremplin pour des actions de stabilisation dans des zones de crise potentielles.  »

En plus de ces deux BOA de réaction rapide (les A400M ne vont pas tarder à tourner depuis Abidjan ou Djibouti), il faudra compter sur des forces prépositionnées au Mali (base principale à Gao), au Niger (drones, renseignement), au Burkina-Faso (base arrière des forces spéciales depuis quatre ans dans le cadre de l’opération Sabre) et au Tchad (aviation et force terrestre). Pour rappel, vous pouvez consulter ici notre carte du déploiement français en Afrique. Publiée il y a deux semaines, elle reste très pertinente dans le cadre de la sahélisation.

Et deux pôles de coopération à Dakar et Libreville

Deux pôles de coopération, situés à Dakar et à Libreville, permettront de renforcer les actions de conseil, de formation, d’équipements (et de renseignement) au profit des armées africaines. Ceci étant cohérent avec les conclusions du sommet France-Afrique de l’Élysée de décembre, qui vise notamment à former 20 000 soldats africains par an et d’aider à constituer une capacité africaine de réaction immédiate aux crises (CARIC).

Nouveau mode de coopération transatlantique

La coopération franco-américaine fonctionne à plein depuis un an (renseignement, transport et ravitaillement aériens). Jean-Yves Le Drian l’a dit avant sa rencontre avec Chuck Hagel,  » nous devons continuer d’approfondir nos échanges et notre coopération de renseignement, comparer nos analyses stratégiques et consolider la capacité de nos forces – en particulier de nos forces spéciales – à agir ensemble « .

L’Union européenne semble plus prête à contribuer à la sécurité collective, à partir de son approche globale des crises (vraie différence avec l’OTAN).  » Ce rééquilibrage du partenariat entre les deux rives de l’Atlantique est indispensable. Indispensable pour les États-Unis, qui doivent pouvoir mieux partager le fardeau avec leurs partenaires européens. Indispensable pour l’Europe, qui doit pouvoir mieux partager les responsabilités avec ses partenaires américains. Indispensable pour la vitalité et la pérennité de la relation transatlantique, qui risquerait autrement d’être de plus en plus contestée, de part et d’autre. Si nous souhaitons que l’OTAN continue d’être aussi pertinente qu’elle l’a été, elle doit s’adapter.  »

http://defense.blogs.lavoixdunord.fr

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